La perte auditive non traitée en Europe représente un fardeau économique annuel se chiffrant en centaines de milliards d’euros, dépassant souvent les budgets nationaux ou des postes de dépenses significatifs de l’Union Européenne (UE). Les coûts indirects, dominés par la perte de productivité et la réduction de la qualité de vie, constituent la majeure partie de ce fardeau. Par exemple, pour l’UE, sur un coût total estimé à 185 milliards d’euros par an pour la perte auditive invalidante non traitée, 130 milliards d’euros sont attribués à la baisse de la qualité de vie et 55 milliards d’euros à la perte de productivité due au chômage plus élevé. Les dépenses directes de santé, bien que substantielles, notamment pour les appareils auditifs et les implants cochléaires, sont comparativement moindres.
Les interventions telles que les aides auditives et les implants cochléaires se révèlent non seulement efficaces sur le plan clinique mais aussi hautement rentables, avec un retour sur investissement significatif pour les services de santé auditive. L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) estime qu’un investissement supplémentaire de moins de 1,40 euro par personne à l’échelle mondiale pour développer les services de soins de l’oreille et de l’audition promet un retour de près de 16 euros pour chaque euro investi sur une période de dix ans. Malgré cela, un nombre alarmant d’Européens souffrant de perte auditive ne reçoivent pas de traitement – plus de 22,6 millions de personnes dans l’UE avec une perte auditive invalidante ne sont pas traitées.
Le vieillissement de la population européenne exacerbe ce défi, avec une prévalence de la perte auditive qui devrait augmenter considérablement dans les décennies à venir. Cette situation souligne l’urgence d’une action politique stratégique. La perte auditive n’est pas seulement un problème de santé individuelle ; c’est un enjeu économique et sociétal majeur qui nécessite une attention politique de haut niveau et des stratégies intégrées pour la prévention, la détection précoce et l’accès équitable aux soins.
Le poids économique invisible de la perte auditive en Europe
La perte auditive est un problème de santé publique répandu, affectant une part considérable de la population européenne, des enfants aux personnes âgées. On estime que 52 millions d’adultes européens déclarent souffrir d’une perte auditive. À l’échelle mondiale, plus de 5 % de la population, soit 360 millions de personnes, vivent avec une perte auditive invalidante. Cette prévalence a des implications profondes pour le bien-être individuel, la communication, la participation sociale et la productivité économique. La capacité de communiquer est fondamentale, que ce soit en tant que membre de la population active ou en tant que prestataire de soins non rémunérés (mais néanmoins précieux) aux membres de la famille.
Définition du cadre : l’impact économique comme préoccupation de santé publique
L’expression « poids économique invisible » est délibérée. Si les difficultés individuelles liées à la perte auditive sont de plus en plus reconnues, ses vastes ramifications économiques sont souvent sous-estimées dans le discours de santé publique et la planification budgétaire. En effet, la perte auditive est souvent un handicap invisible, et ses conséquences, telles que la réduction de la productivité ou l’isolement social, ne sont pas toujours immédiatement ou directement attribuées à la perte auditive dans les analyses économiques. Par conséquent, le fardeau économique est, à bien des égards, « invisible » ou « caché », ce qui conduit à une sous-priorisation des ressources.
L’accent mis sur la perte auditive « non traitée » dans l’ensemble des documents de recherche souligne un levier d’action essentiel : le fardeau économique est en grande partie la conséquence de l’inaction ou d’une action insuffisante, et non une fatalité de la pathologie elle-même. De nombreuses sources quantifient spécifiquement les coûts de la perte auditive « non traitée », ce qui implique que le traitement peut atténuer ces coûts. La forte prévalence des cas non traités suggère un potentiel important d’économies grâce à l’amélioration des taux d’intervention. Cela ne définit pas seulement le problème comme un coût, mais aussi comme une opportunité d’amélioration économique par l’investissement dans la santé.
L’ampleur de la perte auditive en Europe
Environ 52 millions d’adultes en Europe (10 % de la population totale) déclarent souffrir d’une perte auditive. Au sein de l’Union Européenne (UE), 34,4 millions de personnes vivent avec une perte auditive invalidante, définie comme une perte de 35 dB ou plus. Cette définition, établie par le groupe de recherche Global Burden of Disease (GBD), constitue une référence essentielle utilisée dans de nombreuses estimations de coûts.
De manière critique, une grande partie de ces personnes ne sont pas traitées. Plus de 22,6 millions de personnes dans l’UE souffrant d’une perte auditive invalidante ne reçoivent aucun traitement. Cela signifie qu’environ seulement une personne sur trois en Europe atteinte d’une perte auditive invalidante utilise des aides auditives ou d’autres solutions auditives. Deux tiers des adultes malentendants dans l’UE ne sont pas traités. Les interventions étant reconnues comme rentables, l’écart entre la prévalence et le traitement n’est pas principalement dû à un manque de solutions efficaces, mais probablement à des obstacles tels qu’une faible sensibilisation du public, la stigmatisation, des programmes de dépistage insuffisants, des goulots d’étranglement dans l’orientation des patients, ou des problèmes d’accessibilité financière pour les individus, même si les systèmes couvrent partiellement les coûts.
Impératif démographique : le vieillissement de la population
L’Europe est le continent le plus âgé du monde, et le vieillissement de sa population est un facteur important de l’augmentation de la prévalence de la perte auditive. La perte auditive liée à l’âge (presbyacousie) est la forme la plus courante chez les adultes. Un tiers des personnes de plus de 60 ans en Europe vivent avec une perte auditive invalidante. Pour les personnes âgées de 70 ans et plus, les problèmes auditifs sont la principale cause d’années de vie perdues en raison d’une incapacité (AVI) en Europe occidentale, un cinquième de ce groupe d’âge souffrant d’un certain degré de perte auditive.
La prévalence des déficiences auditives au sein de la population de l’UE devrait être multipliée par 1,5 au cours des prochaines décennies, en grande partie à cause de cette évolution démographique. Le nombre d’Européens de plus de 65 ans doublera au cours des 50 prochaines années, et le nombre de personnes de plus de 80 ans triplera presque. Cette tendance démographique entraînera inévitablement une augmentation des coûts économiques associés si les stratégies actuelles de traitement et de gestion ne sont pas améliorées.
La concentration de la perte auditive au sein de la population âgée a des implications économiques spécifiques liées à l' »économie des seniors », aux ratios de dépendance et à la capacité des personnes âgées à rester économiquement actives ou à fournir des soins informels. La perte auditive non traitée entraîne une réduction de l’autonomie, un isolement social et une retraite anticipée. Cela a un impact direct sur le potentiel de l' »économie des seniors » 2 en réduisant la capacité des personnes âgées à contribuer économiquement (travail, consommation) et socialement (bénévolat, soins familiaux), tout en augmentant la demande sur les systèmes de protection sociale.
Comprendre le fardeau économique : un cadre de coûts directs et indirects
Les coûts directs sont ceux qui sont directement liés à la fourniture de soins de santé et de services connexes pour la perte auditive. Il s’agit de dépenses qui peuvent être attribuées au diagnostic, au traitement et à la gestion de la pathologie au sein du système de santé. Les exemples incluent les coûts des consultations médicales, des évaluations audiologiques, des aides auditives, des implants cochléaires, des interventions chirurgicales, des services de réadaptation et des médicaments.
Les coûts indirects représentent les conséquences économiques plus larges de la perte auditive qui s’étendent au-delà du secteur de la santé. Il s’agit souvent de coûts sociétaux reflétant la perte de production économique et la réduction du bien-être. Les exemples incluent la perte de productivité due au chômage ou au sous-emploi, la réduction des revenus, la retraite anticipée, les coûts associés à la réduction de la qualité de vie, les coûts de l’éducation spécialisée pour les enfants et l’impact économique des comorbidités exacerbées par la perte auditive.
Bien que distincts, les coûts directs et indirects sont interconnectés. Par exemple, l’investissement dans les coûts directs (par exemple, la fourniture d’aides auditives) peut entraîner une réduction des coûts indirects (par exemple, une productivité accrue, une meilleure qualité de vie). Inversement, le fait de ne pas engager de coûts directs (laisser la perte auditive non traitée) peut entraîner des coûts indirects considérablement plus élevés.
La catégorisation en coûts directs et indirects est cruciale pour les décideurs politiques car elle révèle que le fardeau financier le plus important de la perte auditive se situe souvent en dehors du budget de la santé, dans le domaine du potentiel économique perdu et du bien-être sociétal. Cette compréhension est essentielle pour justifier un investissement intersectoriel dans la santé auditive. Si les coûts les plus importants sont indirects (comme le suggèrent les données), alors se concentrer uniquement sur la minimisation des dépenses directes de santé pour la perte auditive est une fausse économie, car cela permet à des coûts sociétaux beaucoup plus importants d’augmenter.
Estimation du fardeau économique annuel de la perte auditive non traitée en Europe.
| Indicateur | Valeur (EU) | Valeur (Europe entière) |
| Coût total annuel de la perte auditive invalidante (≥35dB) non traitée | €185 milliards | €216 milliards |
| – Dont coût dû à la baisse de la qualité de vie | €130 milliards | – |
| – Dont coût dû à la perte de productivité/chômage plus élevé | €55 milliards | – |
| Coût annuel par personne avec perte auditive invalidante non traitée | €8,200 | – |
| Estimation OMS du coût annuel de la déficience auditive non traitée | – | €178 milliards |
| Estimation OMS du coût annuel mondial de la perte auditive | – | €720 milliards |

Coûts économiques directs: La pression sur les systèmes de santé européens
Dépenses globales du système de santé
L’OMS estime que les dépenses des systèmes de santé constituent une composante essentielle du coût annuel de 178 milliards d’euros de la déficience auditive non traitée en Europe. Le rapport « Hearing Loss – Numbers and Costs » (Shield, 2019) note que son chiffre principal de 185 milliards d’euros pour l’UE ne couvre pas les frais de santé supplémentaires causés par la perte auditive. Il s’agit d’une distinction cruciale. Le chiffre de 213 milliards d’euros cité par le Hearing Health Forum EU inclut les frais médicaux et autres comorbidités en plus des 185 milliards d’euros.
Dépenses en diagnostics, consultations et services audiologiques
Les personnes souffrant d’une perte auditive non traitée utilisent davantage de ressources de santé, notamment des audiologistes et des orthophonistes. La taille du marché européen du traitement des maladies liées à la perte auditive était évaluée à environ 5 milliards d’euros en 2024, et devrait croître, les dispositifs constituant le segment le plus important. Ce chiffre représente probablement la valeur marchande commerciale, incluant les paiements directs des patients et les paiements des systèmes de santé.
Coûts des appareils auditifs (aides auditives, implants cochléaires)
Les aides auditives engendrent des coûts d’acquisition et d’entretien. Le remboursement des aides auditives varie en Europe, avec une tendance à la réduction dans certains pays. Les implants cochléaires (IC) représentent des investissements importants. En France, les coûts médicaux directs moyens la première année étaient de 34 686 € par enfant et de 31 946 € par adulte, l’appareil lui-même représentant respectivement 64,4 % et 68,8 % de ces coûts. En Allemagne, le coût de la première année d’implantation d’un IC couvert par l’assurance maladie légale est d’environ 33 443 €, auxquels s’ajoutent des coûts annuels ultérieurs pour l’entretien et le remplacement du processeur.
Le faible taux de pénétration d’interventions hautement rentables comme les IC, parallèlement aux coûts élevés des appareils, suggère que si le coût initial pour le système de santé constitue une barrière, le défaut d’investissement entraîne des coûts sociétaux indirects bien plus importants. Cela crée une situation paradoxale où l’économie sur les coûts directs amplifie le fardeau économique total. Le coût initial direct élevé, s’il est perçu comme un frein par les payeurs de soins de santé, conduit à une perte économique beaucoup plus importante, bien que moins directement visible, pour la société.
Dépenses directes des ménages
Une étude sur les acouphènes dans cinq pays européens (Italie, Royaume-Uni, Pays-Bas, Allemagne, Espagne) a révélé des dépenses directes importantes pour les patients, s’élevant en moyenne à 565 € par an et par personne souffrant d’acouphènes, ce chiffre augmentant avec la gravité (par exemple, 1 492 € pour des acouphènes sévères). Ces coûts couvrent les consultations médicales, les traitements, les médicaments et les médecines alternatives. Cela suggère que les chiffres officiels des dépenses de santé pourraient ne pas refléter l’intégralité du fardeau financier direct pour les individus. L’existence de dépenses directes significatives des ménages indique que le financement public des soins de santé pourrait ne pas être exhaustif, créant potentiellement des problèmes d’équité dans l’accès aux soins. Ces dépenses affectent de manière disproportionnée les personnes à faible revenu, limitant potentiellement leur accès aux soins nécessaires et exacerbant ainsi les inégalités de santé liées à la perte auditive.
Aperçus au niveau national
Des chiffres de coûts nationaux spécifiques pour la perte auditive non traitée incluent : Allemagne : 30 milliards €, France : 22 milliards €, Royaume-Uni : 22 milliards £, Italie : 21 milliards €, Espagne : 16 milliards €, Pologne : 14 milliards €, Pays-Bas : 6 milliards €.
Illustration des coûts directs de santé associés à la perte auditive en Europe.
| Catégorie de Coût | Valeur/Exemple |
| Taille du marché | Marché européen du traitement de la perte auditive : 5,63 milliards $US en 2024 (principalement dispositifs) |
| Implants cochléaires (par personne, 1ère année) | |
| France (enfant) | ~€34,686 (Appareil : ~€22,338) |
| France (adulte) | ~€31,946 (Appareil : ~€21,986) |
| Allemagne (assurance maladie légale, 1ère année) | ~€33,443 |
| Coûts continus des ic (allemagne, assurance maladie légale) | 2ème année ~€3,370 ; années suivantes ~€621 ; réimplantation ~€27,449 ; remplacement processeur ~€9,847 |
| Dépenses directes des ménages (acouphènes, annuel/pers.) | Légers : €368, Modérés : €728, Sévères : €1,492 |
| Dépenses nationales (exemple) | Allemagne : €3,2 milliards annuels pour les maladies de l’oreille (CIM-10 H60-95) |
Coûts économiques indirects : l’impact sociétal plus large
Pertes de productivité : le principal fardeau économique
La perte de productivité due à un chômage plus élevé et à des départs à la retraite anticipés chez les personnes atteintes d’une perte auditive invalidante coûte à l’UE 55 milliards d’euros par an. Une autre source du Hearing Health Forum EU indique que 149 milliards d’euros de valeur de productivité sont perdus chaque année dans l’UE. Le chiffre de 149 milliards d’euros semble être un calcul plus large de la valeur de productivité perdue, englobant potentiellement le sous-emploi et la réduction des revenus au-delà du simple chômage. Le rapport doit reconnaître ces chiffres différents et leurs éventuelles différences de portée. Le chiffre de 166 milliards d’euros pour l’Europe pour la perte de productivité due au chômage des 15-64 ans est également un chiffre clé.
Les adultes souffrant d’une perte auditive non traitée ont des taux de chômage plus élevés. Le taux de chômage des adultes en âge de travailler atteints de perte auditive non traitée est presque le double de celui des personnes utilisant une amplification auditive et de leurs pairs normo-entendants. La perte auditive non traitée entraîne un sous-emploi important, une surreprésentation dans les professions moins bien rémunérées et non qualifiées, et une augmentation des départs à la retraite anticipés. Cela a un impact sur les recettes fiscales et augmente la dépendance aux prestations sociales.
Le coût monétisé de la réduction de la qualité de vie (qdv) et de l’incapacité (dalys)
La baisse de la qualité de vie due à une perte auditive invalidante (35dB+) coûte à l’UE 130 milliards d’euros par an. Une estimation distincte du Hearing Health Forum EU suggère que 67 milliards d’euros sont dépensés chaque année en raison de la réduction de la QdV dans l’UE. Le rapport hear-it de 2006 estimait le coût pour l’UE de la réduction de la QdV (perte auditive de 25dB+) à 168 milliards d’euros (en tenant compte de la possession d’aides auditives) ou 224 milliards d’euros (non appareillés). L’indice des années de vie ajustées sur l’incapacité (DALYs) pour la perte auditive chez l’adulte devrait atteindre 2,9 %, réduisant la QdV de 196 millions d’Européens et coûtant 67 milliards d’euros. Les divers chiffres rapportés pour la perte de productivité et le coût de la QdV, bien que tous substantiels, indiquent la complexité des méthodologies et des définitions utilisées dans les études sur le fardeau économique.
Fardeau financier des comorbidités liées à la perte auditive non traitée
La perte auditive non traitée est associée à des comorbidités coûteuses, imposant des charges financières importantes. Celles-ci comprennent :
- Le déclin cognitif et la démence : les personnes atteintes d’une perte auditive légère ont presque deux fois plus de risques de développer une démence. La perte auditive est l’un des principaux facteurs de risque modifiables de la démence.
- La dépression et l’anxiété : plus de 11 % des personnes malentendantes souffraient également de dépression, contre 5 % dans la population générale.
- Les chutes et la fatigue : la perte auditive est liée à un risque accru de chutes.
Le lien entre la perte auditive non traitée et les comorbidités comme la démence et la dépression crée un effet économique cumulatif. Les coûts associés à ces comorbidités sont souvent gérés par différentes parties du système de santé et de protection sociale, ce qui peut masquer la cause profonde et le coût total imputable à la perte auditive non traitée. Si la perte auditive n’est pas identifiée ou gérée comme un facteur contributif, ces coûts de comorbidité sont attribués uniquement à la démence/dépression, sous-estimant ainsi le véritable bénéfice économique du traitement de la perte auditive (en prévenant ou en retardant ces comorbidités).
Coûts de l’éducation spécialisée pour les enfants malentendants
Le soutien éducatif supplémentaire pour les enfants malentendants (âgés de 5 à 14 ans) est une composante de l’estimation de coût de 178 milliards d’euros de l’OMS pour l’Europe. En Autriche, le soutien éducatif spécialisé pour un enfant ayant des besoins supplémentaires en maternelle coûte en moyenne 7 500 € par enfant et par an. Au Royaume-Uni (données 2001/2002), les coûts annuels moyens de scolarisation variaient de 15 745 € (déficience modérée) à 30 071 € (déficience profonde, non implanté). L’implantation cochléaire était associée à une réduction de 3 105 € des coûts annuels de scolarisation pour les enfants atteints de perte profonde. Le fardeau financier de l’éducation spécialisée pour les enfants malentendants souligne les avantages économiques à long terme de la détection et de l’intervention précoces, qui peuvent réduire le besoin d’un soutien plus intensif et plus coûteux plus tard dans la vie.
Coûts sociétaux plus larges : Isolement social, dépendance et impact sur les aidants
- L’isolement social et la stigmatisation : La perte auditive non traitée entraîne un isolement social, des difficultés de communication et une stigmatisation. Le risque de solitude sociale est 2,2 fois plus élevé chez les adultes âgés malentendants.
- L’augmentation de la dépendance : La perte auditive non traitée augmente de 33 % le risque de dépendre des autres.
- Le fardeau des aidants : bien que la quantification directe des coûts économiques pour les aidants de personnes malentendantes soit limitée dans les extraits, l’augmentation de la dépendance implique un fardeau important. Une étude sur les soins familiaux informels en Europe (non spécifique à la perte auditive, mais incluant la « perte auditive liée à l’âge et autres » comme une condition nécessitant des soins) prévoit une augmentation de 50 % du fardeau des soins de 2000 à 2050.

Principaux coûts indirects de la perte auditive non traitée en Europe.
| Catégorie de coût indirect | Valeur/estimation (ue sauf indication contraire) |
| Perte de productivité | €55 milliards/an (chômage accru, composante des €185 milliards – Shield, 2019) OU €149 milliards/an (valeur de productivité perdue – HHFEU) |
| ~€166 milliards (Europe, 15-64 ans, chômage – Shield, 2019 rapport complet) | |
| Réduction de la qualité de vie | €130 milliards/an (composante des €185 milliards – Shield, 2019) OU €67 milliards/an (HHFEU) |
| Coûtant €67 milliards pour 196 millions d’Européens (DALYs) | |
| Coûts de l’éducation spécialisée (par enfant/an) | Autriche (maternelle) : ~€7,500 |
| R-U (profond, non implanté) : ~€30,071 | |
| Augmentation de la dépendance | Probabilité 33 % plus élevée pour les personnes avec perte auditive non traitée |
| Coûts sociétaux (composante oms) | Isolement social, difficultés de communication, stigmatisation (partie de l’estimation de €178 milliards) |
La justification économique de l’intervention : rentabilité et retour sur investissement
Les aides auditives constituent une intervention médicale très rentable. Une étude (SIHI) a classé l’appareillage auditif dans le top 10 d’un tableau de classement des QALY (années de vie ajustées par la qualité). Le coût supplémentaire par QALY lié à l’audition pour les personnes âgées utilisant des aides auditives a été estimé à 10 826 € pour les femmes et 7 715 € pour les hommes dans une étude.
Rentabilité et bénéfice des implants cochléaires (IC)
Les IC se sont avérés efficaces et rentables pour les pertes auditives sévères à profondes chez les enfants et les adultes. Une analyse coûts-bénéfices néerlandaise d’un point de vue sociétal a révélé que pour les enfants sourds prélinguaux (IC bilatéral), les adultes (IC unilatéral) et les seniors (IC unilatéral), les bénéfices totaux sur la durée de vie (respectivement 433 000 €, 275 000 € et 76 000 € de bénéfice net) dépassaient les coûts totaux. Pour les enfants et les adultes en âge de travailler, le bénéfice sociétal était positif même sans monétiser les bénéfices sanitaires. L’économie nette pour la société de l’implantation cochléaire pédiatrique est de plus de 43 500 € par enfant sur toute une vie.
Retour sur investissement (ROI) des soins auditifs
L’OMS indique qu’un investissement annuel supplémentaire de moins de 1,40 € par personne à l’échelle mondiale pour développer les services de soins de l’oreille et de l’audition promet un retour de près de 16 € pour chaque euro investi sur une période de 10 ans.
Avantages des programmes de dépistage
Le dépistage chez les nourrissons, les jeunes enfants et les adultes plus âgés est recommandé pour permettre une intervention précoce. Au Royaume-Uni, la mise en place d’un programme national de dépistage auditif pour les personnes de plus de 65 ans pourrait permettre d’économiser 2,34 milliards d’euros en 10 ans.
Le coût de l’inaction par rapport à l’investissement
Le rapport de l’OMS « Agir contre la perte auditive : faire un bon investissement » souligne que ne rien faire n’est pas une option, en comparant le coût annuel mondial de la perte auditive au coût total mondial des soins auditifs. Les coûts sociétaux du traitement de la perte auditive sont extrêmement faibles par rapport au coût de NE PAS la traiter. La rentabilité élevée et constante et le retour sur investissement des interventions auditives contrastent fortement avec les faibles taux d’adoption des traitements. Cela suggère que les arguments économiques seuls, bien que solides, pourraient ne pas suffire à entraîner des changements politiques et à améliorer l’accès ; d’autres facteurs tels que la volonté politique, la sensibilisation du public et l’infrastructure du système de santé sont essentiels.
Rentabilité et retour sur investissement des principales interventions contre la perte auditive.
| Intervention | Indicateur | Valeur |
| Aides auditives (personnes âgées) | Coût supplémentaire par QALY | ~€7,715 – €10,826 ou €15,811 (étude néerlandaise, HUI-3) |
| Note | Très rentable | |
| Implants cochléaires (pédiatrique, bilatéral) | Bénéfice Sociétal Net sur la durée de vie (Pays-Bas) | €433,000 |
| Économie nette pour la société (durée de vie) | >€43,500 | |
| Implants cochléaires (adulte, unilatéral) | Bénéfice Sociétal Net sur la durée de vie (Pays-Bas) | €275,000 |
| Implants cochléaires (senior, unilatéral) | Bénéfice Sociétal Net sur la durée de vie (Pays-Bas) | €76,000 |
| Développement des services de soins de l’oreille et de l’audition (mondial) | Retour sur Investissement (OMS) | Près de 16 € pour chaque 1 € investi sur 10 ans |
| Dépistage auditif national (r-u, >65 ans) | Économies Potentielles sur 10 ans | €2,34 milliards |
Projections futures et défis émergents
La vague démographique : un fardeau croissant avec le vieillissement des populations
Comme établi précédemment, le vieillissement de la population européenne augmentera considérablement le nombre de personnes atteintes de perte auditive. La prévalence de la déficience auditive devrait être multipliée par 1,5 dans l’UE au cours des prochaines décennies. La prévalence mondiale de la perte auditive complète est élevée, en particulier dans les populations vieillissantes des régions à indice socio-démographique (ISD) élevé comme l’Europe occidentale, malgré des réductions globales des taux de prévalence normalisés selon l’âge (TPNA). Le vieillissement de la population et la croissance démographique sont les principaux moteurs de l’augmentation de la prévalence dans ces régions.
L’augmentation projetée de la perte auditive due au vieillissement n’est pas seulement un problème futur, mais un processus continu dont les conséquences économiques s’accumulent déjà. Retarder une action globale rendra le fardeau économique futur encore plus difficile à gérer. Chaque année d’inaction insuffisante s’ajoute au coût total sur la durée de vie pour une cohorte croissante d’individus, et au fardeau sociétal global. Un investissement proactif dès maintenant peut atténuer une responsabilité future beaucoup plus importante.
La nécessité de stratégies proactives et intégrées
La prévalence croissante nécessite des stratégies nationales robustes en matière de santé auditive, comprenant le diagnostic, la réadaptation et un meilleur accès à la technologie. Un appel est lancé pour une plus grande sensibilisation, un engagement politique plus fort et la formation des professionnels de la santé aux soins de l’oreille et de l’audition. L’intégration des soins auditifs dans les soins de santé primaires et les initiatives de santé publique plus larges est essentielle.
Remédier aux disparités et aux inégalités
Il existe des disparités régionales importantes dans le fardeau de la perte auditive et l’accès aux soins, même au sein de l’Europe. Des inégalités éducatives en matière de santé auditive existent, les personnes moins instruites connaissant souvent des taux plus élevés de perte auditive et une moindre utilisation des aides auditives, en particulier en Europe du Sud et de l’Est. La perte auditive coexiste souvent avec d’autres affections liées à l’âge, nécessitant des modèles de soins plus complexes et intégrés.
Le coût économique annuel considérable de la perte auditive non traitée en Europe se chiffre en centaines de milliards d’euros (par exemple, 185 milliards d’euros dans l’UE pour la perte de qualité de vie et de productivité, auxquels s’ajoutent des frais de santé supplémentaires). Il est crucial de souligner que les coûts indirects (perte de productivité, réduction de la qualité de vie) dépassent de loin les dépenses directes de santé. Un nombre important d’Européens vivent avec une perte auditive non traitée, et ce nombre devrait augmenter en raison du vieillissement de la population. Les preuves solides de la rentabilité des interventions telles que les aides auditives et les implants cochléaires, ainsi que le retour sur investissement élevé des services de soins auditifs, sont également à réaffirmer.