Les plus petits contrats d’électricité ont désormais accès aux heures creuses. Depuis le 1ᵉʳ août 2026, un client résidentiel au tarif réglementé de vente d’électricité (TRVE) qui souscrit 3 kVA peut demander l’option heures pleines / heures creuses (HP/HC), jusque-là réservée à 6 kVA et au-delà. L’ouverture vient de la délibération n° 2026-147 de la Commission de régulation de l’énergie (CRE), adoptée le 15 juillet 2026.
L’accès ne vaut pas gain. À 3 kVA, l’heure pleine coûte 1,41 c€ de plus que l’heure de base, et l’heure creuse 4,12 c€ de moins. Tant qu’une part suffisante de la consommation ne se déplace pas vers les heures creuses, la facture monte au lieu de baisser. Le point d’équilibre se calcule. Il tient en une division, et il repose sur une condition à vérifier sur votre propre grille tarifaire.
Trois kilovoltampères : la puissance que l’option laissait de côté
Trois kilovoltampères (kVA), c’est la puissance la plus basse de la grille du Tarif Bleu résidentiel. Elle autorise 3 000 voltampères appelés en même temps. En pratique, ce sont les logements sans chauffage ni eau chaude électriques de forte puissance : studios, petites surfaces. La puissance souscrite figure sur la facture.
Jusqu’au 31 juillet 2026, ces contrats n’avaient qu’un seul prix du kWh. Il est passé à 20,01 c€ TTC le 1ᵉʳ août 2026, contre 19,40 c€ auparavant, soit une hausse de 3,1 %. Aucune distinction entre le jour et la nuit, aucune heure creuse.
Ce blocage n’était pas technique. Ce qui fermait l’accès, c’était la grille elle-même : à 3 kVA, le tarif réglementé ne proposait qu’une seule structure de prix, l’option Base. Un barème peut fermer un choix aussi sûrement qu’un équipement manquant.
La délibération n° 2026-147 lève cette fermeture en une ligne. La CRE y décide d’« ouvrir l’option HP/HC aux clients souscrivant à une puissance de 3 kVA à compter du 1ᵉʳ août 2026 ». Deux critères, et deux seulement, dans la formulation retenue par la délibération : la puissance souscrite et la date.
Avant cette date, un client 3 kVA qui voulait des heures creuses n’avait qu’une porte : porter sa puissance souscrite à 6 kVA. Cette porte existe toujours, elle a seulement cessé d’être la seule.
Le champ s’arrête au Tarif Bleu résidentiel de métropole continentale
Deux actes se suivent, et ils n’ont pas la même fonction. La CRE propose les tarifs par délibération : c’est la n° 2026-147 du 15 juillet 2026 qui porte l’ouverture aux 3 kVA. Une délibération ne fixe rien à elle seule. Les barèmes ne deviennent opposables qu’une fois repris par une décision ministérielle.
Celle du 29 juillet 2026 porte sur les TRVE des consommateurs résidentiels de France métropolitaine continentale. Le Journal officiel de la République française (JORF) n° 0177 du 31 juillet 2026 l’a publiée. Le même Journal officiel porte une seconde décision du 29 juillet 2026, relative aux TRVE des consommateurs non résidentiels de France métropolitaine continentale : ce n’est pas celle qui s’applique à un contrat de particulier.
C’est cette décision qui déclenche l’effet pour le lecteur, à la date du 1ᵉʳ août 2026. Ni la délibération du 15 juillet, ni le communiqué du régulateur du 16 juillet ne créent le droit d’accès à eux seuls.
Le même mouvement porte la hausse générale : +2,5 % TTC en moyenne sur les TRVE, soit +3,12 % HT pour les tarifs Bleus résidentiels. La CRE l’explique par la revalorisation du tarif d’utilisation des réseaux publics d’électricité, l’intégration du nouveau mécanisme de capacité et une baisse de l’accise sur l’électricité. Pour un foyer consommant 4,5 MWh par an, le régulateur chiffre l’effet à 26 € de plus sur l’année, de 1 046 à 1 072 € TTC.
Le champ géographique est restrictif. La décision vise le tarif réglementé résidentiel de France métropolitaine continentale. Les zones non interconnectées et l’Outre-mer relèvent d’annexes distinctes de la même délibération. En offre de marché, l’existence d’une grille heures creuses à 3 kVA dépend du fournisseur, pas de ce texte : un client hors tarif réglementé ne tire aucun droit de cette ouverture.
Une mesure distincte vise l’Outre-mer au 1ᵉʳ août 2026, et elle ne concerne pas les particuliers. À La Réunion, en Martinique, en Guadeloupe et en Guyane, l’option Base du tarif « Bleu + » est supprimée pour les seuls sites de plus de 36 kVA : commerces, copropriétés, exploitations. Ces sites-là, s’ils n’ont pas choisi une autre option au 1ᵉʳ août 2027, basculent en heures pleines / heures creuses à puissance souscrite inchangée.
Un particulier ou un petit professionnel qui souscrit 36 kVA ou moins n’est pas touché : son option tarifaire ne change pas. Un contrat résidentiel de 3 kVA outre-mer reste donc hors de ce mouvement, qui porte sur une autre grille que le Tarif Bleu résidentiel.
Dernier point de champ, plus terre à terre : des grilles publiées avant le 1ᵉʳ août 2026 circulent encore, et certaines indiquent toujours l’option heures creuses comme indisponible en 3 kVA. La date de mise à jour d’un tableau tarifaire vaut autant que son contenu.
Les plages d’heures creuses sont fixées par le gestionnaire de réseau, pas par le fournisseur
Le client ne choisit pas ses heures creuses. Le gestionnaire du réseau de distribution les attribue, en fonction des contraintes locales du réseau. Le fournisseur applique le résultat, il ne le décide pas. C’est la condition la plus mal connue de l’option, et celle qui fausse le plus souvent les calculs faits sur des habitudes de consommation nocturnes.
Le volume, lui, est stable : huit heures creuses par jour, dont au moins cinq consécutives au cœur de la nuit. Les trois heures restantes peuvent être placées ailleurs. La CRE a décidé de déplacer une partie des heures creuses vers le créneau 11 h - 17 h. Le placement peut aussi différer entre la période du 1ᵉʳ avril au 31 octobre et celle du 1ᵉʳ novembre au 31 mars. Un foyer peut donc avoir huit heures creuses nocturnes l’hiver, et cinq heures nocturnes plus trois heures d’après-midi l’été.
Un créneau creux en milieu de journée déplace la question vers la disponibilité de l’électricité heure par heure, celle que posent aussi la production électrique pendant les vagues de chaleur et le système énergétique européen sous contrainte.
La révision des plages n’est pas achevée. Sur les 14,5 millions de foyers déjà en HP/HC, 11 millions voient leur plage changer entre le 1ᵉʳ novembre 2025 et la fin 2027 ; 3,5 millions conservent la leur. Un foyer dont la plage n’a pas encore été révisée calcule sa rentabilité sur des horaires provisoires. Le calcul ne devient stable qu’une fois la nouvelle plage notifiée.
La bascule d’option, elle, se demande au fournisseur. Elle ne se déclenche pas seule, et aucun changement de contrat ne découle automatiquement de la délibération pour un client de métropole. Un compteur communicant n’est pas une condition posée par le texte : les éléments disponibles indiquent seulement qu’il permet d’opérer la bascule à distance.
À abonnement identique, le point mort se situe à 25,5 % de la consommation déplacée
Depuis le 1ᵉʳ août 2026, l’option HP/HC à 3 kVA affiche 21,42 c€ TTC le kWh en heures pleines et 15,89 c€ TTC en heures creuses. L’option Base facture 20,01 c€ à toute heure. Deux prix face à un seul : chaque kWh change de camp selon l’heure à laquelle il est consommé.
L’écart entre heure pleine et heure creuse est de 5,53 c€. Ce n’est pas lui qui décide. Ce qui décide, c’est la position de ces deux prix par rapport aux 20,01 c€ de l’option Base. Un kWh resté en heures pleines coûte 1,41 c€ de plus qu’en Base. Un kWh déplacé en heures creuses en rapporte 4,12.
Le point mort est donc une division : 1,41 divisé par 5,53, soit 25,5 % de la consommation annuelle. En dessous de ce seuil, la bascule fait monter la facture. Au-dessus, elle la fait baisser. UFC-Que Choisir situe ce seuil à au moins 25 % de la consommation, ce qui revient au même ordre de grandeur : environ un quart, utilisable de tête. Ce seuil n’est pas un chiffre du régulateur : c’est un calcul de la rédaction à partir des barèmes en vigueur.
Une condition le soutient : le point mort à 25,5 % suppose un abonnement identique dans les deux options, à puissance souscrite égale. Les grilles du Tarif Bleu publiées pour le 1ᵉʳ août 2026 donnent le même montant de part et d’autre — 145,56 € par an TTC à 3 kVA, soit 12,13 € par mois. À puissance égale, l’écart entre Base et heures creuses porte sur le seul prix du kWh. Hors tarif réglementé, cette égalité n’a rien d’automatique : un abonnement plus élevé en heures creuses s’ajoute au numérateur et relève le seuil d’autant. C’est la ligne « abonnement » de votre grille tarifaire qu’il faut lire avant de faire le calcul.
| Paramètre | Option Base | Option heures pleines / heures creuses |
|---|---|---|
| Abonnement annuel TTC | 145,56 € | 145,56 € |
| kWh en heures pleines | 20,01 c€ à toute heure | 21,42 c€ |
| kWh en heures creuses | 20,01 c€ à toute heure | 15,89 c€ |
| Heures creuses par jour | — | 8 heures, placées par le gestionnaire de réseau |
Avant le 1ᵉʳ août, capter les heures creuses supposait de passer à 6 kVA
La CRE estime qu’environ 60 % des clients 3 kVA en option Base auraient intérêt à basculer sans rien changer à leurs habitudes de consommation. Le même document donne un second chiffre, bien plus bas : 10 % auraient eu intérêt à souscrire l’option HP/HC en 6 kVA si l’option n’avait pas été ouverte à 3 kVA. L’écart entre 60 et 10 tient à l’abonnement.
Passer de 3 à 6 kVA coûtait 44,76 € d’abonnement supplémentaire par an, soit la différence entre 190,32 € et 145,56 € TTC. Cette somme s’ajoutait à la pénalité subie sur chaque kWh resté en heures pleines. Sur une consommation de 2 400 kWh par an, le même calcul de la rédaction place ce point mort autour de 59 % de consommation déplacée, au lieu de 25,5 % à puissance inchangée. Déplacer près de six kWh sur dix vers la nuit : peu de foyers y parviennent sans équipement pilotable.
L’ouverture à 3 kVA supprime ce péage d’entrée. Le calcul redevient une comparaison de prix du kWh, sans surcoût fixe à amortir. C’est ce qui déplace la population concernée d’un dixième à six dixièmes dans l’estimation du régulateur.
Ces 60 % décrivent une population, pas une situation individuelle. L’estimation est construite sur des profils de consommation moyens, et elle ne dit rien du profil d’un foyer précis. Un second ordre de grandeur circule dans la presse spécialisée, attribué à la CRE : plus de 300 000 consommateurs paieraient moins cher en basculant. Il décrit lui aussi un effectif, pas un foyer. Seul le calcul appliqué à votre propre répartition horaire tranche votre cas.
Un chauffe-eau de 2 000 watts mobilise déjà les deux tiers de 3 kVA
La puissance souscrite plafonne ce qui peut fonctionner en même temps. À 3 kVA, ce plafond est de 3 000 voltampères. Un chauffe-eau de 2 000 W en occupe les deux tiers à lui seul. Le lave-linge, le lave-vaisselle ou la recharge d’un véhicule ne peuvent pas tourner en parallèle sans faire disjoncter l’installation.
Le gisement déplaçable est donc étroit, et c’est précisément le point qui a divisé la consultation. À la consultation publique de la CRE, la moitié des fournisseurs répondants étaient favorables ou indifférents, l’autre moitié opposée. Les particuliers la soutenaient, comme Enedis et les entreprises locales de distribution, c’est-à-dire les gestionnaires de réseau eux-mêmes.
L’enjeu financier se compte en dizaines d’euros par an. Sur une consommation de 2 400 kWh, les calculs de la rédaction à partir des barèmes en vigueur donnent :
- 30 % de la consommation en heures creuses — environ 6 € de gain annuel ;
- 40 % — environ 19 € ;
- 50 % — environ 33 €, soit moins de 3 € par mois.
Chaque tranche de dix points déplacés vaut environ 13 € sur l’année. En dessous d’environ un quart de consommation déplacée, l’arithmétique s’inverse et la facture augmente.
Les cinq conditions à réunir avant de demander le changement d’option
Le périmètre de l’option se vérifie point par point, dans cet ordre :
- Le contrat est au tarif réglementé de vente d’électricité. Une offre de marché ne relève pas de la décision du 29 juillet 2026.
- Le logement est en France métropolitaine continentale. Zones non interconnectées et Outre-mer relèvent d’annexes distinctes, avec un calendrier propre.
- La puissance souscrite est de 3 kVA, telle qu’elle figure sur la facture.
- Les plages d’heures creuses attribuées par le gestionnaire de réseau sont connues, ainsi que leur éventuelle variation entre l’été et l’hiver, et le fait qu’elles aient déjà été révisées ou non.
- L’abonnement est identique dans les deux options sur la grille du fournisseur, faute de quoi le seuil d’environ un quart doit être relevé.
Le changement se demande ensuite au fournisseur : il ne s’applique pas automatiquement. La délibération ne fixe ni délai ni frais pour cette opération, qui relèvent du contrat de fourniture et du catalogue de prestations du gestionnaire de réseau. Ces deux documents sont ceux à ouvrir avant de formuler la demande.
Questions fréquentes
Qui peut souscrire l’option heures creuses en 3 kVA depuis le 1ᵉʳ août 2026 ?
Les clients résidentiels au tarif réglementé de vente d’électricité en France métropolitaine continentale qui souscrivent une puissance de 3 kVA. L’ouverture procède de la délibération CRE n° 2026-147 du 15 juillet 2026, rendue applicable par la décision du 29 juillet 2026 publiée au JORF n° 0177 du 31 juillet 2026. Les zones non interconnectées et l’Outre-mer relèvent d’annexes distinctes.
À partir de quelle part de consommation la bascule fait-elle baisser la facture ?
Environ un quart. Un kWh laissé en heures pleines coûte 1,41 c€ de plus qu’en option Base, un kWh déplacé en heures creuses en rapporte 4,12 c€. Le calcul de la rédaction sur les barèmes en vigueur place le point mort à 25,5 % de la consommation annuelle. En dessous de ce seuil, l’option heures creuses revient plus cher que l’option Base. Ce résultat suppose un abonnement identique dans les deux options, ce qui se vérifie sur la grille du fournisseur.
Qui décide des horaires d’heures creuses ?
Le gestionnaire du réseau de distribution, en fonction des contraintes locales. Ni le client ni le fournisseur ne les choisissent. L’option donne huit heures creuses par jour, dont au moins cinq consécutives au cœur de la nuit, et une partie peut être placée entre 11 h et 17 h. Le placement peut différer entre le 1ᵉʳ avril et le 31 octobre d’une part, le 1ᵉʳ novembre et le 31 mars d’autre part.
Un compteur communicant est-il obligatoire pour passer en heures creuses ?
La délibération n° 2026-147 n’en fait pas une condition d’accès à l’option. Les éléments disponibles indiquent seulement qu’un compteur communicant permet d’opérer le changement d’option à distance. Les modalités concrètes relèvent du contrat de fourniture et du gestionnaire de réseau.
Un contrat en offre de marché bénéficie-t-il de cette ouverture ?
Non. La décision porte sur le tarif réglementé de vente d’électricité. En offre de marché, la présence ou non d’une grille heures pleines / heures creuses en 3 kVA dépend du fournisseur et de son catalogue. La grille tarifaire annexée au contrat indique si l’option existe à cette puissance.
