La règle appliquée à votre don de sang change dès qu’un cas humain est confirmé dans le département. Le cheval, lui, alerte plus tôt. Il tombe malade de façon visible quand la plupart des infections humaines passent inaperçues. La bascule administrative, elle, n’attend aucun seuil : un seul cas humain autochtone confirmé fait entrer le département en zone de circulation du virus West Nile. Deux agences nationales prennent alors le relais, l’Établissement français du sang (EFS) pour les poches de sang, l’Agence de la biomédecine pour les organes, les tissus et les cellules.
Les compteurs, avec la date à laquelle ils ont été arrêtés :
- 92 cas humains autochtones en France hexagonale, données arrêtées au 14 septembre 2026, selon le bulletin de surveillance renforcée de Santé publique France du 16 septembre ;
- 291 cas équins symptomatiques et 24 cas équins asymptomatiques, données arrêtées au 18 septembre 2026, publiées par l’ANSES le 22 septembre ;
- 1 285 cas humains autochtones et 161 zones touchées dans 15 pays à l’échelle européenne, chiffres arrêtés à la mi-septembre et cités par l’ANSES le 22 septembre 2026.
L’ANSES — Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail — décrit une circulation inédite en France, étendue à des départements jusque-là épargnés : l’Ariège, la Drôme, l’Ille-et-Vilaine, le Haut-Rhin, la Meurthe-et-Moselle, la Dordogne et la Loire-Atlantique. La saison n’est pas terminée. Ces nombres monteront encore.
Le virus voyage entre oiseaux et moustiques Culex, pas dans le moustique tigre
Le cycle tient à deux familles d’espèces. Les oiseaux sont le réservoir du virus. Des moustiques du genre Culex en sont le vecteur principal en France. La transmission suppose que trois éléments se trouvent réunis au même endroit : des moustiques infectés, un réservoir aviaire, et des hôtes secondaires piqués au passage.
Le Culex n’est pas le moustique tigre. Il pique du crépuscule à l’aube, quand le tigre est actif de jour. La conséquence est directe pour qui veut se protéger : ce n’est ni au même moment de la journée, ni sur les mêmes gîtes. Un département où le moustique tigre n’est pas installé n’est pas hors de cause pour autant. C’est le Culex, commun, qui porte le cycle décrit par l’ANSES et par les agences régionales de santé (ARS).
Le cheval et l’humain sont des impasses. Le virus ne s’y multiplie pas assez pour réinfecter un moustique qui les piquerait. Ce sont des culs-de-sac épidémiologiques, selon le terme employé par la fiche de maladie réglementée du RESPE, réseau d’épidémiosurveillance en pathologie équine. Un cheval infecté ne contamine pas les chevaux voisins par sa seule présence. Une personne infectée ne contamine pas son entourage.
Une seule voie de transmission entre personnes est documentée ici, et elle passe par la médecine : le sang, les organes, les tissus et les cellules. Tout le dispositif décrit plus bas n’existe que pour elle. Il ne vise ni les contacts quotidiens, ni le voisinage d’un élevage.
Le cheval tombe malade quand quatre infections humaines sur cinq restent invisibles
Chez l’humain, environ 80 % des infections ne donnent aucun symptôme. Les formes neuro-méningées, potentiellement mortelles, concernent moins de 1 % des personnes infectées. Quatre personnes infectées sur cinq ne sauront jamais qu’elles l’ont été.
Le cheval, lui, se remarque. Les proportions de départ sont proches — environ 80 % d’infections asymptomatiques, 20 % de formes cliniques — mais la suite diffère. De 1 à 10 % des infections équines donnent une encéphalomyélite, et la mortalité de ces formes graves se situe entre 30 et 50 % selon la souche, d’après une publication de l’AVEF, organisation vétérinaire équine, datée du 31 mars 2026. Un cheval qui titube ou ne tient plus debout ne passe pas inaperçu.
Trois raisons font du cheval un détecteur avancé. Il passe ses nuits dehors, aux heures où le Culex pique. Ses formes nerveuses sont spectaculaires. Un vétérinaire est appelé, ce qui ouvre une procédure écrite. Rien d’équivalent n’existe du côté humain, où la majorité des infections ne produit aucun signal.
Les 291 cas équins symptomatiques recensés au 18 septembre 2026 ne mesurent donc pas le nombre d’équidés infectés en France, très supérieur. Ils ne se convertissent pas davantage en nombre de chevaux morts : la létalité citée ne porte que sur les formes graves, elles-mêmes minoritaires parmi les cas cliniques. C’est un compteur de signes cliniques déclarés, rien d’autre.
Du vétérinaire à la préfecture, puis au laboratoire de référence de l’ANSES
La procédure équine est écrite. Toute suspicion chez un équidé doit être déclarée. Le vétérinaire sanitaire alerte la direction départementale en charge de la protection des populations, isole l’animal et réalise des prélèvements : sang, liquide céphalorachidien, urine, ou tissu nerveux sur un animal mort.
L’administration prend ensuite la main. L’établissement est placé sous arrêté préfectoral de mise sous surveillance. Si la confirmation tombe, un arrêté portant déclaration d’infection lui succède, et les mouvements d’équidés sont interdits. Rien de tout cela n’est facultatif : la fièvre de West Nile est une maladie animale à déclaration obligatoire, et les mesures sont imposées par l’État.
Le classement réglementaire, lui, se lit de deux façons. La fiche du RESPE renvoie au code rural et de la pêche maritime ; la publication vétérinaire du 31 mars 2026 la range en catégorie E du règlement (UE) 2016/429, depuis l’application de la loi de santé animale en avril 2021. Ce qui est commun aux deux lectures est ce qui engage le propriétaire : l’obligation de déclarer, et la contrainte préfectorale qui suit.
Entre la suspicion et le cas confirmé s’intercale une chaîne de laboratoire. Le prélèvement part vers l’un des cinq laboratoires agréés que coordonne l’ANSES. C’est le laboratoire national et européen de référence sur le virus West Nile, hébergé par l’agence, qui confirme le cas et caractérise la souche en circulation.
D’où un décalage de plusieurs jours entre ce qu’un propriétaire observe dans son pré et ce qu’affiche un bulletin. Un compteur de cas est un compteur de confirmations, pas un compteur d’événements. Il décrit la semaine écoulée, pas la journée en cours.
Un vaccin équin contre la fièvre de West Nile est commercialisé en France. Le schéma comporte deux injections initiales espacées de trois à cinq semaines, puis un rappel annuel.
Le département bascule en zone de circulation et la déclaration obligatoire prend le relais
Côté humain, la chaîne est symétrique. L’infection à virus West Nile relève de la déclaration obligatoire : le professionnel de santé signale le cas confirmé à l’ARS, qui le déclare à Santé publique France et déclenche l’enquête épidémiologique. La surveillance des arboviroses est renforcée pendant la saison des moustiques. Le bulletin du 16 septembre 2026 couvre les données du 1ᵉʳ mai au 13 septembre ; la surveillance, elle, court jusqu’au 30 novembre, borne retenue par Santé publique France dans son bilan de la saison 2025 comme par les pages de dispositif des ARS.
Le déclencheur administratif n’est pas un nombre de cas. C’est la qualification d’un territoire en zone de circulation, et la bascule est binaire : un cas humain autochtone confirmé, et le département entre dans le dispositif. Rien ne se module avec la gravité des formes ni avec le nombre de malades.
Conséquence pratique : deux communes voisines séparées par une limite départementale peuvent relever de règles différentes, sans que le risque local diffère d’un côté à l’autre. La règle suit une frontière administrative, pas un gradient de risque.
Les mesures qui suivent ne sont pas prises par l’ARS. L’Établissement français du sang les applique aux produits sanguins labiles. L’Agence de la biomédecine les applique aux organes, aux tissus, aux cellules et aux gamètes. Deux agences nationales, agissant dans les départements affectés, en lien avec Santé publique France.
L’ANSES tire de cet enchaînement une conclusion qu’elle formule explicitement : les données de surveillance animale constituent un signal d’alerte pour la santé humaine. Le West Nile est devenu pour elle l’illustration opérationnelle de l’approche « One Health », qui relie santé animale, santé humaine et environnement.

Le dépistage génomique sur les dons du département touché, l’ajournement après un séjour en zone à risque
La doctrine vient du Haut Conseil de la santé publique (HCSP). Son avis du 23 mai 2019 a formalisé le choix entre deux mesures et le principe d’un dépistage en pool de six échantillons ; l’avis du 18 juin 2020 l’a actualisé. Pour un candidat au don ayant séjourné dans une zone à risque, deux options existent : un ajournement de 28 jours, ou un test par diagnostic génomique viral (DGV).
Les listes de zones sont actualisées en cours de saison. Un signalement européen adressé au Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) entraîne l’inscription automatique du pays concerné. Cette alternative-là vise donc un séjour, pas un lieu de résidence.
Un cas humain autochtone confirmé en France ouvre une seconde situation, distincte. L’avis du 18 juin 2020 prévoit alors un diagnostic génomique viral pour tout donneur du département concerné. Ce n’est plus un choix entre deux mesures, et l’ajournement de 28 jours n’est pas la règle appliquée là. Le même avis ne fait pas du cas équin ni du cas aviaire un déclencheur de ces mesures : il attache la bascule au cas humain autochtone confirmé. Le cheval, lui, alerte en amont et oriente la surveillance.
Les deux mesures ne coûtent pas la même chose au stock de sang. L’ajournement retire vingt-huit jours de donneurs éligibles. Le dépistage les conserve et teste la poche. C’est cette seconde voie que la doctrine retient pour un département où un cas humain autochtone est confirmé. Le donneur n’y est pas écarté, c’est le don qui est contrôlé.
| Produit et situation | Qui applique | Mesure prévue | Portée |
|---|---|---|---|
| Don du sang, candidat ayant séjourné en zone à risque | Établissement français du sang | Ajournement de 28 jours, ou diagnostic génomique viral sur le don | Liste de pays et de régions actualisée en cours de saison |
| Don du sang, département où un cas humain autochtone est confirmé | Établissement français du sang | Diagnostic génomique viral, en pool de six échantillons | Tout donneur du département concerné |
| Organes, tissus, cellules, gamètes | Agence de la biomédecine | Ajournement du donneur quand il est praticable, sinon test moléculaire et sérologie | Départements affectés |
| Organes vitaux | Agence de la biomédecine | Utilisation possible sans garantie virologique | Décision après analyse bénéfice-risque |
Un organe vital échappe à cette logique. Le HCSP en admet l’utilisation sans garantie virologique, la décision relevant d’une analyse bénéfice-risque.
Aucune liste consolidée des départements placés sous dépistage pour la saison 2026 n’a été publiée. Les ARS mentionnent des mesures temporaires dans les départements affectés, sans dates ni périmètre détaillé. Un donneur n’a donc rien à rechercher avant de se présenter, et surtout rien à décider seul : la règle applicable est appliquée par l’EFS lors de l’entretien pré-don. L’auto-exclusion n’a aucune place dans un dispositif conçu pour que la collecte continue.
Quatre-vingt-douze cas humains, sept régions, six départements touchés pour la première fois
Le bulletin de Santé publique France du 16 septembre 2026 recense 92 cas humains autochtones en France hexagonale, données arrêtées au 14 septembre. Ils se répartissent sur sept régions : Provence-Alpes-Côte d’Azur (3 départements), Occitanie (5), Île-de-France (6), Auvergne-Rhône-Alpes (Drôme), Nouvelle-Aquitaine (Gironde), Pays de la Loire (2) et Centre-Val de Loire (Loiret). Huit cas restent sans lieu de contamination précisé.
Six départements enregistrent leurs premiers cas humains autochtones sur la saison 2026 : l’Aude, la Seine-et-Marne, la Drôme, la Loire-Atlantique, le Maine-et-Loire et le Loiret. L’ANSES compte de son côté 12 cas aviaires en 2026, au 18 septembre.
Le détail régional donne l’ordre de grandeur. En Provence-Alpes-Côte d’Azur, l’ARS faisait état au 4 septembre 2026 de 18 cas humains confirmés — 9 dans les Bouches-du-Rhône, 6 dans le Vaucluse, 3 dans le Var — de 9 hospitalisations et de 69 cas équins confirmés.
L’extension vers le nord n’a pas commencé cette année. En 2025, l’Île-de-France a connu sa première transmission vectorielle locale documentée : sept cas humains autochtones confirmés depuis le 31 juillet, comptage arrêté au 19 septembre 2025 par l’ARS régionale. Deux d’entre eux étaient des formes neuro-invasives, en Seine-Saint-Denis. Trois cas équins ont été relevés dans les Yvelines, un dans le Val-de-Marne. Du virus a été détecté dans des excrétas de moustiques à Paris.
Le repère de 2025 est un total de fin de saison. Santé publique France a recensé 62 cas humains autochtones dans six régions entre le 1ᵉʳ mai et le 30 novembre 2025, dans un bilan publié le 6 mai 2026. Trois de ces régions étaient touchées pour la première fois. Les 92 cas de 2026 sont atteints deux mois et demi avant la clôture de la même période de surveillance.
Ce que 92 mesure, ce sont des diagnostics. Avec environ 80 % de formes asymptomatiques, le nombre de personnes réellement infectées est très supérieur, sans qu’on puisse le chiffrer à partir de ce seul compteur. Dans l’autre sens, les formes neuro-méningées restent sous 1 % des infectés. Le nombre est un indicateur de circulation du virus, pas un décompte de malades graves. Il continuera de monter jusqu’à la fin de la saison de surveillance.
Trois hypothèses sur la table, et un laboratoire de référence qui ne tranche pas
L’ANSES avance trois pistes pour expliquer 2026, sans en retenir aucune. La surveillance a été renforcée depuis 2022, ce qui améliore mécaniquement la détection. Le virus a peut-être évolué, avec l’apparition de souches plus virulentes. Des conditions météorologiques exceptionnelles ont pu agir sur les populations de moustiques et sur les migrations d’oiseaux.
La responsable du laboratoire national et européen de référence sur le virus West Nile à l’ANSES, Gaëlle Gonzalez, le dit sans détour : « Nous n’avons pas encore d’explication à cette situation. » Aucune lecture causale de la saison 2026 n’est donc établie à ce jour, climatique ou autre.
La première hypothèse pèse sur la lecture de toutes les autres. Une surveillance renforcée produit plus de cas détectés, même à circulation constante. Les bilans vétérinaires recensaient 66 cas équins dans 14 départements en 2025, dont 26 dans les Bouches-du-Rhône, et au moins 12 chevaux morts. Les 291 cas symptomatiques de 2026 marquent une hausse considérable. Tant que la part imputable à l’amélioration de la détection n’est pas isolée, personne ne peut dire quelle fraction de cette hausse correspond à une hausse réelle de circulation.
Une courbe de surveillance mesure ce qu’on regarde autant que ce qui se passe. C’est le laboratoire de référence lui-même qui pose cette limite.
Le dernier maillon est le lecteur : bulletin hebdomadaire, page de l’ARS, entretien pré-don
Trois points d’entrée existent, et ils suffisent.
- Le bulletin de surveillance renforcée de Santé publique France, publié pendant la saison, pour l’état national et la répartition par région.
- La page consacrée au virus West Nile sur le site de votre ARS, pour le détail régional, cas équins et hospitalisations compris.
- L’entretien pré-don, où l’EFS applique la règle en vigueur pour votre département sans que vous ayez à la connaître.
Le geste vaut pour d’autres données sanitaires publiées à l’échelle locale : c’est celui décrit à propos des analyses de l’eau du robinet publiées commune par commune.
Une fièvre brutale accompagnée de maux de tête relève d’une consultation médicale, qui décidera de la suite. Aucun chiffre publié ne remplace cet avis.
La prochaine échéance est hebdomadaire. Le bulletin suivant de Santé publique France redonnera l’état des départements concernés, avec sa propre date d’arrêt des données : c’est lui qu’il faut ouvrir avant de conclure quoi que ce soit d’un chiffre lu ailleurs.
Questions fréquentes
Puis-je donner mon sang si je vis dans un département touché par le virus West Nile ?
Le dispositif ne vise pas à écarter les donneurs, mais à sécuriser les poches collectées. Dans un département où un cas humain autochtone est confirmé, la doctrine du HCSP prévoit un diagnostic génomique viral sur les dons prélevés. Le donneur reste éligible, c’est le don qui est testé. Pour un candidat ayant séjourné dans une zone à risque, le même avis prévoit deux mesures possibles : un ajournement de 28 jours, ou un diagnostic génomique viral réalisé sur le don. L’Établissement français du sang applique la règle en vigueur lors de l’entretien pré-don. Il n’y a rien à vérifier ni à décider avant de se présenter.
Le moustique tigre transmet-il le virus West Nile en France ?
Le cycle décrit par l’ANSES et par les ARS repose sur des moustiques du genre Culex, avec les oiseaux comme réservoir. Le Culex pique du crépuscule à l’aube, à la différence du moustique tigre, actif de jour. Un département où le moustique tigre n’est pas installé peut donc connaître des cas humains ou équins.
Que faire si un cheval présente des signes nerveux ?
Toute suspicion chez un équidé doit être déclarée. Le vétérinaire sanitaire alerte la direction départementale en charge de la protection des populations, isole l’animal et réalise les prélèvements. L’établissement est placé sous arrêté préfectoral de mise sous surveillance, puis sous arrêté portant déclaration d’infection si le cas est confirmé, ce qui interdit les mouvements d’équidés.
Où vérifier si mon département est concerné ?
Deux sources publiques suffisent. Le bulletin de surveillance renforcée de Santé publique France donne l’état national et la répartition par région, avec la date d’arrêt des données. La page consacrée au virus West Nile sur le site de votre agence régionale de santé donne le détail régional, cas équins et hospitalisations compris.
Une personne infectée peut-elle contaminer son entourage ?
Non. L’humain est un cul-de-sac épidémiologique : le virus ne s’y multiplie pas assez pour réinfecter un moustique qui le piquerait. Les seules transmissions entre personnes documentées ici passent par le sang, les organes, les tissus et les cellules. C’est précisément l’objet des mesures appliquées par l’EFS et par l’Agence de la biomédecine.