Rouler beaucoup pour travailler ouvrira de nouveau droit à 100 €. L’aide couvrira cette fois trois mois, d’octobre à décembre 2026, et le champ annoncé passe de 3 à 5,5 millions de personnes. Ceux qui ont déjà perçu l’indemnité d’avril à septembre seront payés sans rien demander.
L’annonce vient de Bercy, le 22 septembre 2026. Elle empile plusieurs dispositifs : l’indemnité carburant, un relèvement du plafond de la prime que peut verser un employeur, l’avancement du chèque énergie, la prolongation des guichets pêche, agriculture et BTP, et une « règle d’or » sur la fiscalité des carburants. Coût total estimé : 450 millions d’euros. Le communiqué ne ventile pas ce total mesure par mesure, et il est donc impossible de dire ce que pèse la seule indemnité aux particuliers.
Le gouvernement rattache l’ensemble au blocage du détroit d’Ormuz consécutif au conflit en Iran, et affirme déployer des mesures depuis mars 2026. Le choc énergétique né du blocage d’Ormuz pèse sur les prix européens depuis plusieurs mois. Reste la question qui commande tout le reste : qui entre dans le périmètre élargi, et sur quels critères.
Deux fois 100 €, d’abord sur six mois puis sur trois
Le montant ne bouge pas. La période, si. C’est là que se joue le changement, et il est facile à manquer.
La première indemnité de 100 € couvrait six mois, d’avril à septembre 2026. Le communiqué du 22 septembre la présente comme un équivalent de 20 centimes par litre en moyenne sur cette période. La nouvelle indemnité de 100 € couvre trois mois, d’octobre à décembre 2026, soit un équivalent annoncé de 40 centimes par litre. Deux fois le même chiffre affiché, deux fois moins de temps pour le consommer : le soutien double par unité de temps.
Cette équivalence en centimes par litre est un calcul, pas une remise. Rien ne change sur le prix affiché à la pompe. L’aide est un forfait : 100 €, versés par virement, identiques que vous brûliez 400 litres ou 1 200 litres sur le trimestre. Les 40 centimes par litre décrivent ce que le forfait représente pour une consommation de référence, et rouler davantage ne fait pas monter le montant.
Le dispositif n’est pas né le 22 septembre. Il a été créé par le décret n° 2026-333 du 30 avril 2026, modifié par le décret n° 2026-417 du 28 mai 2026 ; c’est ce second texte qui fixe le montant à 100 €. La version consolidée du décret reste, à ce jour, la seule base juridique du dispositif. Le décret qui portera la période octobre-décembre 2026 n’est pas publié.
Une limite tient au véhicule autant qu’à la personne : l’indemnité en vigueur n’est accordée qu’une seule fois pour un même véhicule et un même usager.
Le critère opposable reste le revenu fiscal de référence par part
Deux unités de mesure circulent en même temps, et une seule décide.
Le décret en vigueur filtre sur le revenu fiscal de référence (RFR) par part, au titre des revenus de 2024 : il doit être inférieur ou égal à 16 880 €. C’est cette valeur que la direction générale des finances publiques (DGFiP) applique, et elle figure sur l’avis d’imposition. Le communiqué du 22 septembre, lui, décrit le périmètre élargi en revenu net mensuel : jusqu’à 2 050 € pour une personne seule, 4 070 € pour un couple, 6 100 € pour un couple avec deux enfants.
Aucun texte publié ne relie ces deux séries. Le décret modificatif qui porterait le nouveau plafond de ressources n’est pas paru à la date de rédaction. Le communiqué ne donne ni règle de conversion, ni nouveau seuil de RFR. Le montant de 2 050 € ne permet donc pas, à lui seul, de trancher une éligibilité : ce n’est pas le critère que l’administration appliquera. Se situer un peu au-dessus n’équivaut pas à être exclu du dispositif.
Les trois plafonds annoncés disent malgré tout quelque chose de lisible. Rapportés au nombre de parts fiscales, ils donnent presque la même valeur : 2 050 € pour une part, 2 035 € pour deux parts, 2 033 € pour trois parts. Un enfant compte une demi-part, ce qui explique l’écart entre 4 070 € pour un couple sans enfant et 6 100 € pour un couple avec deux enfants. Le raisonnement du gouvernement se fait par part fiscale, comme celui du décret — mais sur une autre grandeur.
Le simulateur mis en ligne par la DGFiP sur impots.gouv.fr et le texte du décret restent les deux seules références opposables pour une situation donnée.
Des revenus d’activité en 2024, quinze kilomètres par trajet en 2026
L’éligibilité se juge sur deux photographies, prises à deux dates différentes. Les ressources et l’activité s’apprécient au titre de 2024. Le véhicule et le kilométrage s’apprécient en 2026.
Au titre des revenus de 2024, le décret exige quatre choses :
- un domicile fiscal en France ;
- un âge d’au moins 16 ans au 31 décembre 2024 ;
- des revenus déclarés relevant des traitements et salaires — hors allocations chômage et préretraite —, des bénéfices industriels et commerciaux, des bénéfices non commerciaux ou des bénéfices agricoles ;
- un non-assujettissement à l’impôt sur la fortune immobilière.
Le décalage de deux ans produit un effet contre-intuitif. Une personne au chômage en 2025 mais active en 2024 reste dans le champ. Une personne sans revenu d’activité en 2024, embauchée depuis, n’y entre pas. Le dispositif regarde la déclaration de 2024, pas la situation d’aujourd’hui, et c’est l’une des premières causes d’incompréhension devant un refus.
La distance, elle, s’apprécie au titre de 2026, sur attestation sur l’honneur. Deux voies sont ouvertes, et une seule suffit : au moins 15 km par trajet domicile-travail, soit 30 km aller-retour ; ou au moins 8 000 km par an au titre des déplacements professionnels, trajets domicile-travail inclus. Aucun justificatif de kilométrage n’est demandé au dépôt. Les pièces qui l’établissent sont à conserver cinq ans.
Thermique ou hybride non rechargeable, assuré, et un seul versement par véhicule
Le véhicule est apprécié à la date de la demande, et le filtre y est strict.
Sont admis les véhicules terrestres à moteur à deux, trois ou quatre roues, en motorisation thermique ou hybride non rechargeable, régulièrement assurés et non endommagés au sens des articles L. 327-1 à L. 327-6 du code de la route. Le GPL entre dans le champ. Le décret écarte en revanche les quadricycles lourds, les véhicules agricoles, les poids lourds et les véhicules de fonction ou de service.
Trois points élargissent le champ plus qu’on ne le croit. La location est admise : le demandeur n’a pas à être propriétaire du véhicule. L’usage professionnel n’a pas à être exclusif, un véhicule servant aussi aux trajets privés reste éligible. Et le deux-roues thermique compte comme une voiture.
L’électrique, lui, est hors champ — véhicules 100 % électriques comme hybrides rechargeables. Le point mérite attention parce que l’autre mesure annoncée le même jour fait exactement l’inverse : la prime versée par l’employeur couvrirait aussi, selon la dépêche AFP du 22 septembre, l’alimentation des véhicules électriques — un périmètre qu’aucun texte publié ne confirme à ce jour. Un salarié en électrique n’a donc rien à attendre du guichet fiscal, mais une question à poser à son entreprise.
Dernière règle, celle qui surprend le plus les couples : l’aide est attachée au véhicule autant qu’à la personne. Un seul versement par véhicule. Dans un foyer qui n’a qu’une voiture, le second demandeur est écarté même lorsque les deux membres remplissent toutes les conditions.
Trente kilomètres par jour pour les aides à domicile, 80 € de la CNAM pour les infirmiers libéraux
Deux métiers sortent du critère général, et pour une raison de géométrie.
Les aides à domicile accèdent au guichet grands rouleurs dès 30 km réalisés chaque jour. La base du calcul change : 30 km cumulés sur la journée au lieu de 15 km par trajet. Leur kilométrage se fait en tournée, entre plusieurs domiciles, pas en aller-retour. Sans cette bascule, une intervenante qui enchaîne dix trajets de 5 km restait hors du champ malgré un kilométrage quotidien élevé.
Les infirmiers libéraux bénéficient d’un élargissement des critères et, en plus, d’une aide dédiée de 80 € versée par la Caisse nationale de l’assurance maladie (CNAM). Le communiqué avance 25 000 professionnels concernés. Cette aide relève de l’assurance maladie, pas de la DGFiP : elle ne passe donc pas par le guichet fiscal décrit plus haut.
Jusqu’à 1 000 € de prime carburant, mais à la main de l’employeur
Le plafond annoncé monte. Le droit du salarié, lui, ne bouge pas.
La prime carburant est une somme qu’une entreprise peut verser à ses salariés, défiscalisée et exonérée de cotisations salariales. Elle reste facultative : aucun salarié ne peut l’exiger. Ce que le gouvernement modifie, c’est le plafond au-delà duquel elle cesse d’être exonérée. Serge Papin, ministre des PME, a annoncé le 22 septembre son passage de 600 € à 1 000 € par an, à titre exceptionnel. Le plafond était de 300 € avant juin 2026.
Ce relèvement n’est pour l’instant qu’annoncé. La doctrine publiée par l’Urssaf le 19 août 2026, sur la base du communiqué du Bulletin officiel de la sécurité sociale (BOSS) du 6 août 2026, retient 600 € par an et par salarié pour les primes versées jusqu’au 31 décembre 2026. Tant qu’un texte ou une doctrine actualisée ne porte pas le plafond à 1 000 €, c’est le chiffre de 600 € qui encadre une prime versée aujourd’hui.
La même doctrine lève une contrainte moins connue : jusqu’au 31 décembre 2026, l’interdiction de cumuler la prime carburant avec la participation obligatoire de l’employeur à l’abonnement de transport public est suspendue. Un salarié peut donc percevoir les deux.
Le périmètre exact de la prime reste à préciser. Le communiqué gouvernemental parle des « frais de carburant » des salariés qui prennent leur voiture. La dépêche AFP du 22 septembre mentionne un champ plus large, couvrant aussi l’alimentation des véhicules électriques, hybrides rechargeables ou hydrogène. Aucun texte publié ne tranche à ce stade entre les deux formulations.

Le chèque énergie arrive en janvier 2027 au lieu d’avril
C’est un décalage de calendrier, pas un versement de plus.
Le chèque énergie, compris entre 48 € et 277 € pour un montant moyen de 150 €, bénéficie à 5,8 millions de ménages. Son versement, habituellement en avril, est avancé à janvier 2027. L’enveloppe annuelle reste la même : il n’y aura pas deux chèques en 2027, mais un seul, plus tôt.
Pour un ménage qui chauffe en hiver, l’intérêt du décalage est de faire arriver l’aide pendant la saison où la facture est la plus lourde, plutôt qu’au printemps.
Pêche, agriculture, BTP : des guichets prolongés jusqu’au 31 décembre
Trois secteurs gardent leur guichet ouvert jusqu’au 31 décembre 2026, chacun avec son barème.
- Pêche — couverture de 70 % de la hausse des coûts par rapport à l’avant-crise, présentée comme le maximum admis par la Commission européenne, et prêt à taux zéro de Bpifrance jusqu’à 50 000 € par entreprise à compter du 1ᵉʳ octobre ;
- Agriculture — aide sur le gazole non routier (GNR) reconduite à 15 centimes par litre. La dépêche AFP du 22 septembre signale une échéance distincte, qui ne borne pas le dispositif lui-même : le guichet du mois d’août reste ouvert jusqu’au 31 octobre 2026. Cette date borne le dépôt d’une aide déjà courue, pas la fin de l’aide reconduite ;
- BTP — aide GNR reconduite à 20 centimes par litre.
Ces guichets et l’aide grands rouleurs ne visent pas le même carburant. Le GNR alimente les engins de l’exploitation ou du chantier ; l’aide grands rouleurs porte sur le véhicule personnel de l’actif. Un agriculteur peut relever des deux dispositifs, mais jamais au titre du même véhicule : une demande d’indemnité carburant déposée pour un tracteur est rejetée, le véhicule agricole étant exclu par le décret.
La règle d’or attend un amendement au budget 2027
Le gouvernement pose un principe : en cas de hausse des prix des carburants, le surplus de TVA et d’accise encaissé doit être neutralisé et fléché vers les dispositifs d’aide. La règle vaut pour l’État comme pour les Régions, qui perçoivent une part d’accise sur les carburants.
La formulation retenue par le communiqué n° 1054 est absolue : « AUCUN profit ne sera JAMAIS fait par l’État en cas de hausse des prix liées aux carburants ».
Aucun litre ne baisse pour autant. La règle d’or ne touche pas le prix affiché : elle redirige une recette. Et elle n’est pas encore du droit. Sa traduction passe par un amendement au projet de loi de finances pour 2027, qui n’est pas voté. C’est dans ce texte budgétaire, et nulle part ailleurs, que la portée réelle de l’engagement se lira.
Virement automatique pour trois millions, guichet à ouvrir pour les autres
Deux canaux coexistent pour un même montant de 100 €, et ils n’imposent pas la même chose.
Pour les 3 millions de personnes ayant déjà perçu l’indemnité couvrant avril à septembre 2026, le communiqué annonce un versement automatique. Aucune démarche à refaire. Pour les 2,5 millions d’entrants que représente l’élargissement, il faudra passer par un guichet — dont le communiqué ne fixe aucune date d’ouverture. Le calendrier de dépôt relève d’un arrêté, que le décret prévoit expressément.
Le guichet ouvert pour l’indemnité d’avril à septembre 2026 n’est pas encore fermé. Une personne qui en remplit les conditions et ne l’a pas demandée peut déposer sa demande sur impots.gouv.fr jusqu’au 30 septembre 2026 — état de la page service-public.gouv.fr vérifié le 23 septembre 2026. Le communiqué réserve le versement automatique du trimestre suivant aux personnes ayant déjà bénéficié de cette indemnité, sans dire comment seront traitées les demandes déposées dans les tout derniers jours.
Ce guichet donne aussi l’ordre de marche du suivant. Le simulateur a été mis en ligne le 13 mai 2026, le formulaire a ouvert le 27 mai. La FAQ publiée par la DGFiP annonçait une clôture au 31 août 2026 ; service-public.gouv.fr indique, dans une mise à jour du 8 septembre 2026, une prolongation jusqu’au 30 septembre 2026. C’est cette seconde date qu’il faut retenir, la FAQ en PDF n’ayant pas été actualisée.
La demande se fait en deux étapes sur impots.gouv.fr : le simulateur d’abord, puis le formulaire accessible depuis l’espace Finances publiques. Aucun justificatif n’est produit au dépôt, mais les pièces se conservent cinq ans. Le paiement arrive par virement libellé « INDEMN.CARBURANT », une dizaine de jours après la demande.
La décision est prise par traitement algorithmique. Un refus n’est pas pour autant le dernier mot. La DGFiP doit communiquer, sur demande, les règles de ce traitement, au titre des articles R. 311-3-1-1 et R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l’administration. Le rejet se conteste ensuite devant le tribunal administratif, dans un délai de deux mois à compter de la réception de la décision.
Les critères déjà opposables et les paramètres encore annoncés
Le tableau ci-dessous sépare ce qui figure dans un texte publié de ce qui n’existe, à ce jour, que dans un communiqué.
| Paramètre | Valeur | Statut |
|---|---|---|
| Ressources | RFR par part ≤ 16 880 € (revenus 2024) | Décret n° 2026-333 modifié — opposable |
| Distance | 15 km par trajet domicile-travail ou 8 000 km par an ; 30 km par jour pour les aides à domicile | Décret — opposable |
| Montant | 100 € pour avril-septembre 2026, une fois par véhicule et par usager | Décret — opposable |
| Plafonds en revenu net mensuel | 2 050 € / 4 070 € / 6 100 € | Communiqué du 22 septembre — sans texte |
| Période octobre-décembre 2026 et ouverture du guichet | non fixée | Annoncée — décret et arrêté attendus |
Une adaptation du dispositif aux départements ultramarins est présentée par le communiqué comme « en cours de discussion » : aucun paramètre n’est arrêté.
Deux échéances commandent la suite. Le 30 septembre 2026 ferme le guichet de l’indemnité d’avril à septembre, et c’est la date à tenir si vous n’avez pas encore déposé de demande. Le point de contrôle est simple : la publication au Journal officiel de la République française du décret portant la période octobre-décembre 2026 rendra le nouveau plafond de ressources vérifiable. L’arrêté, lui, donnera la date d’ouverture du guichet. Jusque-là, le RFR par part figurant sur votre avis d’imposition 2024 reste la seule donnée à regarder.
Questions fréquentes
Faut-il refaire une demande si l’on a déjà perçu les 100 € d’avril à septembre 2026 ?
Non. Le communiqué du 22 septembre 2026 annonce un versement automatique pour toutes les personnes ayant déjà bénéficié de l’indemnité de 100 € couvrant avril à septembre 2026. Aucune démarche supplémentaire n’est prévue pour elles.
Un revenu net de 2 100 € par mois exclut-il de l’aide carburant ?
Rien ne permet de l’affirmer. Le seuil de 2 050 € net mensuels figure dans le communiqué du 22 septembre, pas dans un texte. Le critère que l’administration applique est le revenu fiscal de référence par part, fixé à 16 880 € au maximum au titre des revenus 2024 par le décret n° 2026-333 modifié. Le décret portant le nouveau plafond n’est pas publié.
Une voiture électrique ouvre-t-elle droit à l’aide carburant grands rouleurs ?
Non. Le décret réserve l’aide aux véhicules à motorisation thermique ou hybride non rechargeable, GPL compris. Les véhicules électriques et les hybrides rechargeables sont exclus. La prime facultative versée par un employeur relève, elle, de règles distinctes.
Deux personnes d’un même foyer peuvent-elles toucher chacune 100 € ?
Seulement si le foyer dispose de deux véhicules éligibles. L’indemnité n’est accordée qu’une fois pour un même véhicule et un même usager. Avec une seule voiture, un seul versement est possible, même lorsque les deux membres du foyer remplissent toutes les conditions.
Que faire en cas de refus de l’aide carburant ?
La décision étant prise par traitement algorithmique, il est possible de demander à la DGFiP la communication des règles utilisées, au titre des articles R. 311-3-1-1 et R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l’administration. Le refus peut être contesté devant le tribunal administratif dans les deux mois suivant la réception de la décision.