Du 6 au 10 août 2026, l’association Unidos em Defesa de Covas do Barroso (UDCB) tient un campement dans ce village du nord du Portugal, contre le projet de mine de lithium porté par Savannah Resources. Ce projet figure depuis le 25 mars 2025 sur la première liste européenne des « projets stratégiques », établie au titre du règlement européen sur les matières premières critiques — le règlement (UE) 2024/1252, entré en vigueur le 23 mai 2024. Ce texte fixe des objectifs chiffrés d’extraction, de transformation et de recyclage à l’horizon 2030 et plafonne la durée des procédures d’autorisation. Nous exposons ce qu’il prévoit, article par article, l’état du dossier portugais et les positions des parties en présence, sans prendre parti sur l’opportunité du projet.

Ce qui se passe à Covas do Barroso en août 2026

Un campement associatif, sixième édition

L’UDCB organise du 6 au 10 août 2026 la sixième édition de l’Acampamento em Defesa do Barroso, à la Quinta do Cruzeiro, dans la commune de Boticas (district de Vila Real). Le programme annoncé comprend débats, ateliers, projections, visites de terrain et un défilé le samedi. « L’objectif est de faire connaître notre combat, d’amener des gens ici au Barroso, des gens de partout, prêts à soutenir et à aider notre combat », déclare Nélson Gomes, de l’UDCB, à l’agence Lusa le 5 août 2026.

Un projet de quatre mines à ciel ouvert

Savannah Resources, société cotée à Londres, projette quatre mines à ciel ouvert sur les paroisses de Dornelas et de Covas do Barroso, à Boticas, pour extraire du spodumène, un minerai porteur de lithium. Dans sa communication réglementaire du 15 juillet 2026, l’exploitant fait état, selon la norme JORC, de ressources de 39,2 Mt à 1,05 % de Li₂O et d’une première réserve probable de 20 Mt à 0,99 %. La première phase annoncée porte sur 2,56 Mt de concentré de spodumène à 5,5 % de Li₂O sur quatorze ans, soit environ 183 kt par an, « de quoi alimenter plus de 7 millions de batteries de véhicules électriques » selon l’exploitant. Le système agro-sylvo-pastoral du Barroso (Boticas et Montalegre) a été reconnu en avril 2018 par la FAO comme Système ingénieux du patrimoine agricole mondial (SIPAM/GIAHS) — premier site portugais distingué à ce titre, dans un programme distinct du patrimoine mondial de l’Unesco.

Combien de participants ? Les organisateurs annoncent 700 à 800 participants, portugais et étrangers, selon Nélson Gomes cité par Lusa le 5 août 2026. EUobserver, le 6 août, et une partie de la presse régionale portugaise avancent un millier. Aucun décompte indépendant n’a été publié.

Ce que fixe le règlement européen sur les matières premières critiques : quatre repères pour 2030

Deux listes, et un constat de dépendance

Le règlement (UE) 2024/1252, adopté par le Parlement européen et le Conseil le 11 avril 2024, part d’un constat de dépendance. Selon la Cour des comptes européenne, le Chili a fourni 79 % du lithium consommé par l’Union sur la période 2016-2020, la Chine 97 % de son magnésium et la Turquie 99 % de son bore. Le texte distingue deux listes : 17 matières premières stratégiques à l’annexe I, dont le « lithium de qualité batterie », et 34 matières premières critiques à l’annexe II. Ces deux listes doivent être réexaminées au plus tard le 24 mai 2027, puis tous les trois ans. La dépendance de l’Union au lithium tient à la demande de stockage électrochimique, portée par la bascule vers les véhicules électriques.

Extraction, transformation, recyclage : les seuils de l’article 5

L’article 5 fixe quatre repères pour 2030 : la capacité d’extraction de l’Union devrait couvrir au moins 10 % de sa consommation annuelle de matières premières stratégiques, sa capacité de transformation 40 % et sa capacité de recyclage 25 %. Le quatrième porte sur la diversification : aucun pays tiers ne devrait représenter plus de 65 % de la consommation annuelle de l’Union pour une matière stratégique donnée, à un stade quelconque de transformation.

Les quatre repères de l’article 5 et les constats de la Cour des comptes (février 2026)
Repère 2030 Seuil Ce qu’il mesure Constat de la Cour
Extraction ≥ 10 % Consommation de l’UE couverte par l’extraction Projets retenus surtout à un stade précoce
Transformation ≥ 40 % Même part, au raffinage Un seul appel lancé en 2025, au lieu de quatre
Recyclage ≥ 25 % Même part, à partir de déchets Dix matières, dont le lithium, ne sont pas recyclées
Diversification ≤ 65 % Part maximale d’un seul pays tiers Déjà dépassé, au raffinage, pour quatre matières

Ce qu’est un « projet stratégique » et comment on l’obtient

Les critères de l’article 6

Le règlement crée un label administratif, le « projet stratégique », dont l’article 6, paragraphe 1, énumère les conditions : contribuer de manière significative à la sécurité d’approvisionnement de l’Union ; être ou devenir techniquement faisable dans un délai raisonnable ; être mis en œuvre « de manière durable », ce qui recouvre la prévention des incidences environnementales et sociales, le respect des droits humains et un « dialogue constructif avec les communautés locales » ; présenter des avantages transfrontières dans l’Union.

La procédure de l’article 7 : comité, veto national, 90 jours

La demande émane du promoteur : la Commission européenne dispose de 30 jours pour en vérifier la complétude, sollicite l’avis du comité européen des matières premières, puis décide dans les 90 jours suivants, délai prorogeable de 90 jours. L’État membre concerné peut s’opposer : dans ce cas, le projet n’est pas retenu. La Commission peut aussi retirer la reconnaissance si les critères cessent d’être remplis. Le premier appel a produit 170 demandes et 47 projets retenus dans 13 États membres, dont 22 sur le lithium, pour un capital estimé à 22,5 milliards d’euros.

Le plan d’acceptation par le public

L’article 7, paragraphe 1, point d), impose au promoteur « un plan contenant des mesures visant à faciliter l’acceptation par le public » : participation des communautés concernées, canaux de communication récurrents, mécanismes d’atténuation et, le cas échéant, de compensation. L’article 8, paragraphe 5, ajoute un site internet public et gratuit, « dans une ou plusieurs langues aisément compréhensibles par la population locale ».

Ce que le statut change, et ce qu’il ne change pas

27 mois pour l’extraction, 15 mois pour le reste

L’effet principal du statut est procédural. L’article 11 plafonne la durée de la procédure d’autorisation : 27 mois pour un projet d’extraction, 15 mois pour un projet limité à la transformation ou au recyclage. Ces plafonds tombent à 24 et 12 mois si la procédure avait commencé avant la reconnaissance, et sont prolongeables de 6 ou 3 mois. L’évaluation des incidences sur l’environnement, régie par la directive 2011/92/UE, n’est pas comptée dans ces délais. La Commission indiquait le 25 mars 2025 que ces procédures « peuvent durer de 5 à 10 ans ».

Intérêt public et recours traités en urgence

L’article 10 confère un statut prioritaire. Les projets stratégiques situés dans l’Union « sont considérés comme servant l’intérêt public ou la santé et la sécurité publiques » et « peuvent être considérés comme revêtant un intérêt public majeur » au regard notamment des directives Habitats et Oiseaux, qui fondent le réseau Natura 2000, et de la directive-cadre sur l’eau, « pour autant que toutes les conditions énoncées dans ces actes […] soient remplies ». Les recours qui les visent sont traités comme urgents lorsque le droit national le prévoit.

mining

Le statut ne vaut pas permis

L’article 6, paragraphe 3, précise que la reconnaissance « est sans incidence sur les exigences applicables au projet ou au promoteur en vertu du droit de l’Union, national ou international ». La Commission écrit de son côté que ce statut ne vaut pas approbation : les permis restent délivrés par les autorités nationales ou régionales.

« L’Europe dépend actuellement de pays tiers pour un grand nombre de matières premières dont elle a le plus besoin. Nous devons accroître notre propre production, diversifier notre approvisionnement extérieur et constituer des stocks », déclarait Stéphane Séjourné, vice-président exécutif de la Commission européenne, le 25 mars 2025.

Le Barroso : chronologie des décisions

Du permis portugais de 2023 au statut européen de 2025

L’Agência Portuguesa do Ambiente (APA), l’agence portugaise de l’environnement, a délivré en mai 2023 une déclaration d’impact environnemental (DIA) favorable conditionnée : un acte qui valide le projet sous conditions. Le 25 mars 2025, Mina do Barroso a été inscrit sur la première liste européenne de projets stratégiques. Une deuxième date butoir s’est close le 15 janvier 2026 : ces 47 projets situés dans l’Union restent les seuls inscrits à ce jour, une nouvelle sélection étant attendue.

Servitudes, suspension, reprise

Une servitude administrative, en droit portugais, autorise l’accès à des terrains privés ou communaux pour y mener des travaux, sans transfert de propriété. Une première a été autorisée en décembre 2024 ; une seconde, publiée au Diário da República le 6 mai 2026 et signée par le secrétaire d’État adjoint et de l’Énergie Jean Paulo Gil Barroca, porte sur 24 parcelles et 228 hectares à Covas do Barroso et Romaínho. Le 29 mai 2026, le tribunal administratif et fiscal de Mirandela a admis la procédure d’urgence déposée contre le ministère de l’Environnement et de l’Énergie par l’assemblée des ayants droit des baldios, les terres communales ; les travaux ont été suspendus le 9 juin 2026. Le 29 juin 2026, ce ministère a adopté une résolution motivée réaffirmant l’intérêt public du projet : cet acte lève l’effet suspensif et a permis la reprise des travaux, sans annuler la décision du tribunal — la légalité de la servitude reste à juger. La servitude y est décrite comme nécessaire pour satisfaire aux conditions de la DIA de 2023, et le ministère y affirme que « la morphologie des terrains affectés sera rétablie ». Construction en 2027, première production en 2028, selon l’exploitant.

Le dossier du Barroso, décision par décision
Date Décision ou étape Auteur
Mai 2023DIA favorable conditionnéeAPA (Portugal)
Déc. 2024Première servitudeGouvernement portugais
25 mars 2025Statut de projet stratégiqueCommission européenne
12 juin 2025Demande de retraitUDCB, MiningWatch Portugal, ClientEarth
26 nov. 2025Rejet, statut maintenu (date rapportée par ClientEarth)Commission européenne
2 févr. 2026Rapport spécial 2026/04Cour des comptes européenne
5 févr. 2026Recours en annulationUDCB, ClientEarth
6 mai 2026Seconde servitude, 228 haGouvernement portugais
9 juin 2026Suspension des travauxTribunal de Mirandela
29 juin 2026Résolution motivée, repriseMinistère portugais
15 juil. 2026Étude de faisabilité définitiveSavannah Resources
6-10 août 2026Sixième campementUDCB

Les objections formulées, les réponses apportées

Les requérants

Le 12 juin 2025, l’UDCB, MiningWatch Portugal et l’ONG environnementale ClientEarth ont demandé à la Commission de retirer le projet de la liste ; la Commission a rejeté cette demande le 26 novembre 2025, selon ClientEarth. « La Commission a tort d’utiliser le règlement sur les matières premières critiques pour accélérer des projets dont la science montre qu’ils sont dangereux, destructeurs pour l’environnement et non nécessaires », déclare Ilze Tralmaka, juriste chez ClientEarth. « On nous dit que cette mine est pour le bien de l’Europe, mais ceux qui en paieront le prix vivent ici. Nos sources, notre sol et nos fermes sont ce qui fait vivre cette communauté », déclare Aida Fernandes, de l’UDCB. À l’appui de leur demande, les opposants invoquent l’examen mené par l’expert Douw Steyn, qui relève dans l’évaluation de la qualité de l’air du projet « des données insuffisantes, une modélisation irréaliste et des omissions importantes », selon ClientEarth.

Le 5 février 2026, l’UDCB et ClientEarth ont introduit devant la juridiction de l’Union un recours en annulation de la décision maintenant le projet sur la liste. Un tel recours, formé par des personnes morales, relève en première instance du Tribunal de l’Union européenne, l’une des deux juridictions qui composent la Cour de justice de l’Union européenne ; ClientEarth et plusieurs médias écrivent « Cour de justice ». Aucun numéro d’affaire public n’a été identifié.

La réponse de la Commission

Dans sa réponse, la Commission a estimé que les griefs des requérants — rareté de l’eau, biodiversité, sécurité du stockage des résidus — relèvent de la responsabilité des autorités nationales, son propre rôle se limitant à repérer les erreurs manifestes : elle refuserait le statut « s’il est manifestement clair que le projet ne serait pas mis en œuvre de manière durable », selon ClientEarth. Un porte-parole n’a pas commenté, l’affaire étant pendante.

L’exploitant et les autorités portugaises

« Avec ce projet, nous allons libérer une valeur importante pour toutes les parties prenantes et faire du Portugal un acteur important de la chaîne de valeur européenne des batteries au lithium », déclare Emanuel Proença, directeur général de Savannah Resources, le 15 juillet 2026. L’exploitant annonce 300 à 350 emplois en construction, 480 à 500 en exploitation, 812 millions de dollars d’impôts et de redevances sur la durée de vie de la mine et une subvention publique portugaise de 110 millions d’euros obtenue en janvier 2026. Dans sa résolution du 29 juin 2026, rapportée par Lusa, le ministère portugais qualifie les ressources minérales d’« indispensables à la vie quotidienne » et soutient que le projet pourrait contribuer au développement de la région par la création d’emplois, la fixation de la population et la cohésion territoriale.

Ce qu’a relevé la Cour des comptes européenne

Des projets encore jeunes au regard de 2030

Le 2 février 2026, la Cour des comptes européenne a publié son rapport spécial 2026/04. « Nombre de projets stratégiques ont peu de chances de mener à une sécurisation de l’approvisionnement de l’UE à l’horizon 2030 », y écrit-elle, la plupart se trouvant à un stade précoce au moment de leur sélection. Elle rappelle qu’une étude de 2023 portant sur 127 mines situe à 15,7 ans le délai moyen entre la découverte d’un gisement et sa mise en production, et qu’il est dans l’Union « généralement compris entre 10 et 15 ans, mais il peut aller jusqu’à 20 ans, voire encore plus ».

Recyclage, appels à candidatures, dépendances

Sur les 26 matières premières de la transition énergétique, sept affichent un taux de recyclage compris entre 1 % et 5 % et dix, dont le lithium, « ne sont pas recyclées du tout », relève la Cour. Au stade de la transformation, le seuil de 65 % pour un seul pays tiers est déjà dépassé pour quatre de ces 26 matières : lithium, magnésium, gallium et terres rares. La Cour observe enfin qu’un seul appel à candidatures a été lancé en 2025, alors que le règlement en impose au moins quatre par an. Côté industriel, le projet de raffinerie de lithium d’Estarreja, chiffré à 492 millions d’euros, a été abandonné, selon Expresso cité par Lusa le 5 août 2026.

À retenir

  • Le règlement (UE) 2024/1252 vise pour 2030 : 10 % de la consommation de l’Union couverts par l’extraction, 40 % par la transformation, 25 % par le recyclage, et 65 % au plus pour un seul pays tiers.
  • Le statut de projet stratégique plafonne l’autorisation à 27 mois (extraction) ou 15 mois (transformation, recyclage) et qualifie le projet d’intérêt public.
  • Il ne vaut pas permis : les autorisations restent délivrées par les autorités nationales ou régionales.
  • Mina do Barroso le porte depuis le 25 mars 2025 ; les travaux, suspendus le 9 juin 2026, ont repris après la résolution ministérielle du 29 juin 2026 ; la légalité de la servitude reste à juger.
  • Un recours en annulation contre le maintien du statut a été introduit le 5 février 2026 devant la juridiction de l’Union.

FAQ — le règlement européen sur les matières premières critiques

Qu’est-ce que le règlement européen sur les matières premières critiques ?

Il s’agit du règlement (UE) 2024/1252, adopté le 11 avril 2024 et entré en vigueur le 23 mai 2024. Il liste 17 matières premières stratégiques et 34 matières premières critiques, fixe des objectifs de capacité pour 2030 et crée un régime d’autorisation accéléré pour les projets reconnus comme stratégiques.

Qu’est-ce qu’un « projet stratégique » au sens du droit européen, et qui le décide ?

C’est un projet reconnu par la Commission européenne au titre de l’article 6 du règlement, après avis du comité européen des matières premières. Il doit contribuer à la sécurité d’approvisionnement, être techniquement faisable, être mis en œuvre de manière durable et présenter des avantages transfrontières. L’État membre concerné peut s’y opposer.

Le statut de projet stratégique vaut-il autorisation d’exploiter une mine ?

Non. L’article 6, paragraphe 3, précise que la reconnaissance est sans incidence sur les exigences du droit de l’Union, national ou international. Les permis restent délivrés par les autorités nationales ou régionales, indique la Commission. Le statut agit sur les délais et la qualification d’intérêt public, pas sur l’autorisation.

Pourquoi l’Union européenne veut-elle rouvrir des mines sur son territoire ?

Parce que ses approvisionnements sont concentrés sur un petit nombre de fournisseurs. Selon la Cour des comptes européenne, le Chili a fourni 79 % du lithium consommé par l’Union entre 2016 et 2020, la Chine 97 % de son magnésium et la Turquie 99 % de son bore. Le règlement vise 10 % d’extraction en 2030.

Où en est le projet de mine de lithium du Barroso, au Portugal ?

Il dispose d’une déclaration d’impact environnemental favorable conditionnée de mai 2023 et du statut de projet stratégique depuis le 25 mars 2025. Les travaux, suspendus le 9 juin 2026 après une décision du tribunal de Mirandela, ont repris à la suite d’une résolution ministérielle du 29 juin 2026. La légalité de la servitude reste à juger ; un recours européen est pendant.