La France versera environ 30,9 milliards d’euros à l’Union européenne en 2027. Le chiffre exact figure à l’article 55 du projet de loi de finances (PLF) pour 2027 : 30 905 520 986 euros. Les députés ont adopté cet article en première lecture le mercredi 14 octobre 2026, par 111 voix contre 93 selon le décompte rapporté par Toute l’Europe.

Ce vote ne fixe pas la somme. Il valide une évaluation, et le texte doit encore passer devant le Sénat. Le montant réellement payé dépendra du budget que l’Union doit encore arrêter, la conciliation pouvant courir jusqu’au 16 novembre, puis de son exécution. Par rapport à 2026, la hausse atteint 2,5 ou 2,8 milliards d’euros selon le chiffre de référence retenu. Les deux comparaisons sont exactes.

30 905 520 986 euros retirés des recettes de l’État avant le budget général

Vous ne trouverez pas la contribution européenne parmi les missions de dépenses de l’État, à côté de la mission « Justice ». Elle se trouve dans la partie « recettes » de la loi de finances. C’est une somme prélevée sur les recettes de l’État avant même qu’elles alimentent le budget général. Son nom technique le dit : prélèvement sur recettes au profit de l’Union européenne, abrégé PSR-UE.

La définition vient de l’article 6 de la loi organique relative aux lois de finances (LOLF). Le PSR-UE y est un montant de recettes de l’État rétrocédé directement à l’Union. La loi organique exige qu’il soit défini et évalué de façon précise et distincte. D’où un article dédié, et un montant donné à l’euro près.

Le PLF 2027 a été présenté en Conseil des ministres et déposé à l’Assemblée nationale le 1ᵉʳ octobre 2026, sous le n° 3210. Il prévoit 74,0 milliards d’euros de prélèvements sur recettes : 43,1 milliards pour les collectivités, 30,9 milliards pour l’Union européenne. Cette place côté recettes explique un détail de calendrier. La contribution européenne se vote dès le début du débat budgétaire, avant les dépenses. Le même texte porte d’autres mesures examinées cet automne, comme le prélèvement sur les avoirs en déshérence prévu par le budget 2027.

Les 30,9 milliards ne couvrent pas tout ce que la France transfère à l’Union. Le PSR-UE regroupe trois ressources : la ressource TVA, la ressource assise sur le revenu national brut (RNB) et la contribution « plastique ». Les droits de douane perçus pour le compte de l’Union n’y figurent plus depuis la loi de finances pour 2010. Ils passent en compte de tiers : 2,0 milliards d’euros en loi de finances initiale (LFI) pour 2025, 1,9 milliard en 2024. Comparer 30,9 milliards à un chiffre européen qui inclut les droits de douane revient donc à mesurer deux périmètres différents.

La facture de départ : 212 milliards de paiements demandés par la Commission pour 2027

Le montant français se déduit d’une facture commune. Le budget de l’Union repose sur quatre ressources :

  • les droits de douane collectés par les États pour le compte de l’Union ;
  • une ressource assise sur une assiette de TVA harmonisée ;
  • une contribution calculée sur les emballages plastiques non recyclés, introduite pour la période 2021-2027 ;
  • une ressource « d’équilibre », fonction du RNB de chaque État membre.

La dernière est la clé du chiffre. Elle n’a pas de montant fixé d’avance : elle comble ce que les trois autres ne couvrent pas.

Le point de départ est le projet de budget 2027 présenté par la Commission européenne le 10 juin 2026. Il prévoit 212,0 milliards d’euros de crédits de paiement, contre 190,1 milliards au budget initial 2026, soit 11,5 % de plus. Les engagements, eux, s’élèvent à 199,9 milliards. Ce sont les paiements, c’est-à-dire ce que l’Union décaisse dans l’année, qui commandent les contributions nationales.

D’après l’exposé des motifs de l’article 55 et le rapport du Sénat sur les comptes 2025, le calcul suit trois temps :

  1. partir des crédits de paiement du projet de la Commission ;
  2. retrancher ce que l’Union encaisse déjà : droits de douane, amendes, soldes reportés, recettes diverses, dont les obligations financières du Royaume-Uni au titre de l’accord de retrait ;
  3. répartir le reste entre États, avec les données du comité consultatif des ressources propres de mai 2026, les mécanismes de correction et les corrections sur les exercices antérieurs.

La conséquence se lit directement. Si la facture monte, ou si les autres recettes baissent, la part RNB grossit, et la contribution française avec elle. Aucune décision française n’intervient à ce stade : la hausse découle de l’arithmétique.

Ce budget 2027 est le septième et dernier du cadre financier pluriannuel (CFP) 2021-2027. Ce cadre a été adopté à l’unanimité le 17 décembre 2020. Il a été révisé à mi-parcours le 29 février 2024, pour l’Ukraine, les technologies stratégiques et les migrations.

La France paie sa part de richesse européenne, plus les rabais de cinq pays

La part française suit le poids de son économie dans l’Union. La clé de la ressource RNB était de 16,39 % en 2025, contre 16,70 % en 2024. Elle bouge avec la croissance française comparée à celle des autres États membres.

L’exécution 2025 montre l’effet. Le rapport du Sénat n° 736 (2025-2026), rédigé par Jean-Marie Mizzon sur les comptes 2025 et publié le 17 juin 2026, décompose l’écart entre le montant voté et le montant payé. Les crédits de paiement de l’Union, relevés de 6 milliards en cours d’année, ont ajouté 989 millions d’euros à la facture française. Cinq facteurs l’ont réduite de 1 114 millions :

  • la baisse de la clé RNB de 16,70 % à 16,39 % : −392 millions ;
  • le report du solde 2024 : −220 millions ;
  • les droits de douane : −180 millions ;
  • les amendes de concurrence : −252 millions ;
  • les corrections sur les exercices antérieurs : −70 millions.

Une croissance française plus faible que la moyenne a donc allégé la contribution d’environ 400 millions d’euros en une seule année. Le chiffre dépend des décisions européennes, mais aussi de l’économie française comparée à celle des autres États.

Une partie de la somme ne finance aucune politique européenne. Cinq États bénéficient de corrections forfaitaires : l’Autriche, l’Allemagne, le Danemark, les Pays-Bas et la Suède. Ces rabais réduisent leur contribution, et les autres États compensent. La France en est le premier financeur : 1,5 milliard d’euros en 2024, selon la Cour des comptes citée par le Sénat. Le maintien de ces rabais explique une partie de la hausse de la contribution moyenne d’un cadre pluriannuel à l’autre.

Plus 2,5 ou plus 2,8 milliards : la hausse dépend de la référence 2026 retenue

Trois chiffres circulent pour 2026, et aucun n’est faux. Ils désignent trois étapes du même montant :

  • environ 28,8 milliards d’euros : le montant inscrit au PLF 2026, avant le vote, en hausse de 5,7 milliards sur 2025 ;
  • 28 440 millions : le montant de la LFI 2026, une fois la loi votée ;
  • 28 118 millions : la prévision révisée pour 2026, publiée avec le PLF 2027.

Rapportée à la LFI 2026, la contribution 2027 augmente de 2,47 milliards d’euros. Rapportée à la prévision révisée, elle augmente de 2,8 milliards : c’est la comparaison que retient le PLF. Le lecteur qui croise « 28,8 » et « 28,4 » pour 2026 compare donc un projet et une loi votée.

Le même soin vaut pour les années précédentes. Pour 2024, la référence disponible est la LFI : 22,3 milliards. Pour 2025, le Sénat donne 23,1 milliards votés en LFI et 23,0 milliards exécutés. Une série qui mélange montants votés, révisés et payés fabrique des écarts qui n’existent pas. Le tableau en fin d’article donne chaque montant avec son statut.

Fin du cycle 2021-2027 : les paiements retardés arrivent en même temps

La hausse de 2026 et 2027 ne traduit pas une décision nouvelle. Elle suit le rythme d’un cadre pluriannuel. En début de cycle, les programmes s’engagent mais paient peu. Les paiements se concentrent sur les dernières années, en particulier pour les fonds structurels.

Le plan de relance NextGenerationEU (NGEU) a accentué ce décalage. Il a capté en premier les capacités de gestion, et la consommation des fonds du budget ordinaire a glissé d’autant. Ses restes à liquider doivent être payés d’ici fin 2026, sous peine d’être dégagés, c’est-à-dire annulés. Cette échéance pousse les crédits de paiement, donc les contributions.

Le relais est déjà pris. Selon l’exposé des motifs de l’article 55, la hausse des crédits de paiement de l’Union s’explique notamment par la poursuite du rattrapage des fonds en gestion partagée, comme les fonds de cohésion, après une première accélération en 2026.

Les restes à liquider donnent l’échelle du stock. Ce sont les sommes engagées par l’Union et pas encore payées : 543 milliards d’euros en 2023, un record, puis 507,4 milliards en 2024. La Commission, citée par le Sénat, projette 365 milliards en 2027. Chaque milliard qui sort de ce stock passe par les crédits de paiement, donc par les contributions nationales.

Une autre partie de la hausse vient de décisions déjà prises, identifiables une à une :

  • la révision du CFP adoptée en 2024 : un impact estimé à 2,9 milliards d’euros sur le PSR-UE français pour 2025-2027 ;
  • la facilité pour l’Ukraine : 2,9 milliards sur 2024-2027 pour la France, sa quote-part des 17 milliards d’aides non remboursables, dont l’impact sur le PSR-UE atteignait 1,1 milliard fin 2025 ;
  • la hausse des intérêts de la dette contractée pour NGEU.

C’est aussi l’argument du ministre délégué Benjamin Haddad, qui a invoqué des engagements déjà pris au niveau européen. Toute l’Europe y ajoute l’accélération de projets retardés par le Covid-19. Les montants de la liste ci-dessus viennent du rapport sénatorial de juin, antérieur au dépôt du PLF.

La tirelire rose et le drapeau de l'Union européenne

Environ 8 % des recettes fiscales nettes de l’État, pour 16,5 milliards dépensés en France

Sur 100 euros de recettes fiscales nettes que l’État prévoit d’encaisser en 2027, un peu plus de 8 partiront vers le budget européen. Le PLF prévoit 375 688 millions d’euros de recettes fiscales nettes, et les 30,9 milliards en représentent 8,2 %. Le Sénat propose une autre comparaison : le montant 2027 équivaut à près de trois fois les crédits de la mission « Justice ».

Le même rapport chiffre la contribution à 7,2 % de l’ensemble des recettes fiscales françaises en 2024. L’assiette n’est pas la même que celle des 8,2 %, et les deux pourcentages ne se comparent pas directement. Pour situer ces montants dans l’ensemble des comptes publics, voir aussi la dette publique française à 119 % du PIB.

Sur la durée d’un cycle, la tendance est nette. La direction du budget estime la contribution moyenne à 25,7 milliards d’euros par an sur 2021-2027, contre 20,1 milliards sur 2014-2020. Deux causes expliquent l’écart : le départ du Royaume-Uni et le maintien des rabais.

La contribution est un montant brut. En retour, l’Union a réalisé 16,5 milliards d’euros de dépenses sur le territoire français hors plan de relance, selon une communication de la commission des affaires européennes de l’Assemblée nationale d’octobre 2025. La France était ainsi le premier bénéficiaire en volume du budget européen pour la deuxième année consécutive. Toute l’Europe retient une moyenne de 16,4 milliards par an sur 2021-2024, dont environ 9,5 milliards par an au titre de la politique agricole commune (PAC). Ces dépenses passent par les programmes du budget européen accessibles aux particuliers comme par les aides agricoles.

Le solde net, lui, n’a pas de valeur officielle. Il change selon qu’on intègre ou non le plan de relance, ou les droits de douane, et le PLF n’en établit aucun. Un solde présenté comme « le coût de l’Europe » relève d’un choix de méthode, pas d’un chiffre du budget.

Le vote évalue une somme que le droit européen rend déjà due

Supprimer l’article 55, ou en réduire le montant, ne changerait pas ce que la France doit. L’article 310 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE) fait des contributions des États la variable d’ajustement du budget de l’Union. Si ses dépenses évoluent de façon non anticipée, ce sont elles qui suivent. Le montant inscrit en loi de finances n’est donc qu’évaluatif.

Le rapporteur général du budget à l’Assemblée, Philippe Juvin, l’a rappelé en séance. La suppression de l’article « n’aurait strictement aucun effet sur notre obligation juridique », selon ses propos tels que rapportés par Toute l’Europe. Des amendements de réduction avaient été déposés. Même adoptés, ils n’auraient pas diminué la somme due.

Le montant final se constate à l’exécution, après les budgets rectificatifs de l’Union, et il est régulièrement révisé. En 2025, la loi de fin de gestion du 8 décembre 2025 l’a abaissé de 125 millions d’euros. L’exécution est ressortie 136 millions sous la LFI : 23,1 milliards votés, 23,0 milliards payés. Selon le Sénat, c’était la quatrième révision à la baisse en cinq ans.

Le vote du 14 octobre a donc une portée précise. Il inscrit une évaluation dans la loi de finances, comme la LOLF l’exige. Il ne crée ni n’efface aucune dette.

De 31,2 à 30,9 milliards, et bientôt l’échelle du cadre 2028-2034

Le chiffre de 2027 a déjà bougé une fois. En juin 2026, la direction du budget estimait la contribution à 31,2 milliards d’euros. Le PLF d’octobre retient 30,9 milliards. Ce ne sont pas deux chiffres contradictoires, mais deux étapes de la prévision.

La suivante dépend de l’Union. Le budget européen 2027 suit sa propre procédure, entre trois institutions distinctes. Selon le calendrier publié en juin par le service de recherche du Parlement européen :

  • la Commission européenne a présenté son projet le 10 juin 2026 ;
  • le Conseil de l’Union européenne, qui réunit les ministres des États membres, devait arrêter sa position en septembre 2026 ;
  • le Parlement européen se prononce en octobre ;
  • le comité de conciliation peut se réunir du 27 octobre au 16 novembre 2026.

Un budget arrêté au-dessus ou au-dessous du projet de la Commission se répercute sur le PSR-UE français. D’où les ajustements d’automne, dans le PLF ou en loi de fin de gestion. Côté français, l’article 55 n’est adopté qu’en première lecture : le PLF 2027 doit encore achever son parcours parlementaire, Sénat compris.

Le cycle suivant change d’échelle. La Commission a présenté le 16 juillet 2025 sa proposition de CFP 2028-2034 : 1 985 milliards d’euros d’engagements et 1 980 milliards de paiements, soit 1,26 % du RNB de l’Union. Le remboursement des 390 milliards de subventions du plan de relance y coûte 168 milliards, soit 0,11 % du RNB.

D’après la direction du budget, citée par le Sénat, cette proposition porterait la contribution annuelle moyenne de la France de 26 milliards d’euros sur le cadre actuel à 36 milliards. Elle atteindrait 42 milliards si les nouvelles ressources propres proposées n’étaient pas adoptées. Ces montants restent des estimations sur une proposition encore en négociation. Rien n’est décidé.

Six ans de contribution, chaque montant avec son statut

Prélèvement sur recettes au profit de l’Union européenne (PSR-UE), 2022-2027 : montant et étape de chaque chiffre
AnnéeÉtapeMontantSource
2022Montant de la série sénatoriale26,4 milliards d’eurosSénat, rapport n° 736
2023Montant de la série sénatoriale24,99 milliards d’eurosSénat, rapport n° 736
2024Loi de finances initiale22,3 milliards d’eurosSénat, rapport n° 736
2025Loi de finances initiale23,1 milliards d’eurosSénat, rapport n° 736
2025Exécution23,0 milliards d’eurosSénat, rapport n° 736
2026Projet de loi de financesenviron 28,8 milliards d’eurosCommission des affaires européennes de l’Assemblée
2026Loi de finances initiale28 440 millions d’eurosPLF 2027
2026Prévision révisée28 118 millions d’eurosPLF 2027
2027Estimation de la direction du budget (juin 2026)31,2 milliards d’eurosSénat, rapport n° 736
2027Projet de loi de finances, article 5530 905 520 986 eurosPLF 2027

Une hausse ne se lit qu’entre deux lignes de même étape. Le prochain chiffre à attendre est celui du budget européen 2027 arrêté, dont la conciliation peut courir jusqu’au 16 novembre 2026 : c’est lui qui dira si l’évaluation de 30,9 milliards doit déjà être corrigée.

Questions fréquentes

Combien la France verse-t-elle au budget européen en 2027 ?

L’article 55 du projet de loi de finances pour 2027 évalue la contribution à 30 905 520 986 euros, soit environ 30,9 milliards. Ce montant est une évaluation : il peut encore être ajusté selon le budget européen finalement arrêté, puis constaté à l’exécution.

Les 30,9 milliards incluent-ils les droits de douane ?

Non. Le prélèvement sur recettes regroupe la ressource TVA, la ressource RNB et la contribution « plastique ». Les droits de douane perçus pour le compte de l’Union sont comptabilisés à part, en compte de tiers, depuis la loi de finances pour 2010 : 2,0 milliards d’euros en 2025.

Le vote des députés peut-il réduire la contribution française ?

Non. En application de l’article 310 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, les contributions des États s’ajustent aux dépenses de l’Union. Le montant voté n’est qu’évaluatif : l’obligation de payer découle des traités et des décisions européennes, pas de la loi de finances.

La France reçoit-elle de l’argent du budget européen ?

Oui. L’Union a réalisé 16,5 milliards d’euros de dépenses en France hors plan de relance, selon la commission des affaires européennes de l’Assemblée nationale (octobre 2025), ce qui en faisait le premier bénéficiaire en volume. Toute l’Europe retient une moyenne de 16,4 milliards par an sur 2021-2024. Le solde entre ce qui est versé et ce qui est reçu dépend de la méthode retenue et n’a pas de valeur officielle.

Quand le montant de 2027 sera-t-il définitif ?

Pas avant l’exécution. Le budget européen 2027 peut passer en conciliation entre le 27 octobre et le 16 novembre 2026, et le Sénat doit encore examiner le PLF. Le montant payé se constate en fin d’exercice, après les éventuels budgets rectificatifs de l’Union.