Au 3 août 2026, le litre de gazole coûte 2,414 € aux Pays-Bas et 1,210 € à Malte : presque exactement le double. Pour l’essence, l’éventail est plus resserré : de 1,340 € à Malte à 2,459 € au Danemark, soit un rapport de 1 à 1,8. Chaque semaine, la Commission européenne publie pour les vingt-sept États membres le prix à la pompe et le prix hors taxes. Cette double série tranche la vraie question que pose le prix des carburants dans l’Union européenne : l’écart relève-t-il du marché, ou de l’impôt ? Et que changera, en 2028, l’arrivée d’un prix du carbone sur les carburants routiers ?
Prix des carburants dans l’Union européenne : le comparatif par pays au 3 août 2026
Chaque jeudi, la direction générale de l’énergie de la Commission européenne publie un Bulletin pétrolier hebdomadaire (Weekly Oil Bulletin) : le prix moyen du sans-plomb 95 et du gazole routier dans les vingt-sept États membres, avec et sans taxes. Tous les chiffres qui suivent datent du relevé du 3 août 2026.
| Pays | SP95 | dont taxes | Gazole | dont taxes |
|---|---|---|---|---|
| Danemark | 2,459 | 1,209 (49,2 %) | 2,264 | 1,023 (45,2 %) |
| Pays-Bas | 2,370 | 1,259 (53,1 %) | 2,414 | 0,977 (40,5 %) |
| Finlande | 2,196 | 1,169 (53,2 %) | 2,337 | 0,985 (42,2 %) |
| Allemagne | 2,184 | 1,151 (52,7 %) | 2,208 | 0,985 (44,6 %) |
| France | 2,066 | 1,035 (50,1 %) | 2,216 | 0,977 (44,1 %) |
| Grèce | 2,020 | 1,106 (54,8 %) | 2,064 | 0,824 (39,9 %) |
| Italie | 1,992 | 1,032 (51,8 %) | 2,090 | 0,910 (43,5 %) |
| Belgique | 1,883 | 0,927 (49,2 %) | 2,179 | 0,978 (44,9 %) |
| Estonie | 1,812 | 0,944 (52,1 %) | 1,877 | 0,791 (42,2 %) |
| Luxembourg | 1,708 | 0,817 (47,9 %) | 1,853 | 0,734 (39,6 %) |
| Espagne | 1,687 | 0,637 (37,8 %) | 1,794 | 0,562 (31,3 %) |
| Hongrie | 1,647 | 0,742 (45,0 %) | 1,824 | 0,749 (41,0 %) |
| Bulgarie | 1,533 | 0,619 (40,3 %) | 1,743 | 0,621 (35,6 %) |
| Suède | 1,453 | 0,433 (29,8 %) | 1,825 | 0,478 (26,2 %) |
| Malte | 1,340 | 0,754 (56,3 %) | 1,210 | 0,657 (54,3 %) |
| Union européenne | 1,952 | 0,951 (48,7 %) | 2,043 | 0,839 (41,1 %) |
Source : Commission européenne, Bulletin pétrolier hebdomadaire, relevé du 3 août 2026. « Taxes » regroupe accises, TVA et autres taxes indirectes ; le prix hors taxes s’obtient en les retranchant. Moyennes pondérées par les consommations.
L’essence s’échelonne de 1,340 € le litre à Malte à 2,459 € au Danemark, le gazole de 1,210 € à Malte à 2,414 € aux Pays-Bas. La barre des 2 € est franchie par six États membres pour l’essence, mais par douze pour le gazole.
Plein de 50 litres de sans-plomb 95 au 3 août 2026 : 122,94 € au Danemark, 103,30 € en France, 67,00 € à Malte.
Une année de hausse brutale
Eurostat mesure ces prix dans l’indice des prix à la consommation harmonisé (IPCH), qui décompose l’inflation poste par poste. Le poste « carburants et lubrifiants pour véhicules de tourisme » a progressé de 20,8 % sur un an en avril 2026, de 20,7 % en mai, puis de 13,7 % en juin, après deux mois de recul en janvier et février. Juin 2026 est le dernier mois publié à ce niveau de détail (données mises à jour le 31 juillet 2026) : les chiffres de juillet n’existent pas encore.
Ce que vous payez vraiment : le carburant d’un côté, les taxes de l’autre
Un litre à la pompe se décompose en trois blocs. Le prix hors taxes couvre le produit raffiné, son transport et la marge de la station. Le droit d’accise est un montant fixe par 1 000 litres, décidé par chaque État membre et indépendant du cours du pétrole. La TVA est un pourcentage appliqué au prix accise comprise — une taxe assise sur une taxe. Dans l’Union, ces prélèvements représentent en moyenne 48,7 % du prix de l’essence et 41,1 % du prix du gazole.
Sur un plein de 50 litres de sans-plomb en France, 51,73 € partent en taxes. Sur un plein de gazole, 48,84 €.
La fiscalité explique environ les trois quarts de l’écart entre pays
Hors Malte, dont les prix sont administrés, le prix hors taxes de l’essence varie peu : de 0,868 € le litre en Estonie à 1,250 € au Danemark, soit 0,382 € d’écart. Le raffinage et la distribution forment un marché largement intégré. La part fiscale, elle, s’étale de 0,433 € en Suède à 1,259 € aux Pays-Bas, soit 0,826 € d’écart : plus du double.
Un cas le résume. Entre les Pays-Bas (2,370 € le litre d’essence) et la Bulgarie (1,533 €), la différence atteint 0,837 €. Elle se ventile en 0,640 € de taxes et 0,195 € seulement de prix hors taxes : la fiscalité pèse donc pour environ 76 % de l’écart. Quand un plein coûte moins cher de l’autre côté d’une frontière, c’est d’abord une différence de politique fiscale.
Mais Malte prouve que la fiscalité n’explique pas tout
Le cas maltais démonte l’équation « moins de taxes, moins cher ». Malte affiche le prix le plus bas de l’Union et la part fiscale la plus élevée : 56,3 % sur l’essence, contre 48,7 % en moyenne. L’explication tient au prix hors taxes : 0,586 € le litre, très en deçà de la moyenne européenne de 1,002 €, parce que les prix y sont administrés par l’État. Eurostat le confirme : en juin 2026, l’inflation des carburants y est de 0,0 % sur un an, contre 13,7 % dans l’Union. Le Danemark illustre le cas inverse : prix hors taxes le plus élevé et fiscalité lourde.
D’où viennent ces écarts de taxes : ce que l’Europe impose, et ce qu’elle laisse faire
La directive 2003/96/CE du 27 octobre 2003, qui régit la fiscalité de l’énergie, fixe des niveaux minimaux d’imposition : 359 € par 1 000 litres d’essence sans plomb et 330 € par 1 000 litres de gazole carburant, soit 35,9 et 33,0 centimes le litre.
Ce sont des planchers, pas des plafonds : au-dessus, chaque État membre fixe librement son accise, et c’est là que naît l’écart. La Croatie (330,00 €) et la Bulgarie (330,29 €) taxent le gazole au ras du minimum européen, quand la France applique 607,50 € et la Belgique 600,16 €. Sur l’essence, la Bulgarie est à 363,02 € contre 840,00 € aux Pays-Bas : un rapport de 1 à 2,3. S’y ajoute la TVA, de 17 % au Luxembourg à 27 % en Hongrie, avec 20 % en France et 19 % en Allemagne.
| Pays | Accise essence | Accise gazole |
|---|---|---|
| Minimum européen | 359,00 | 330,00 |
| Bulgarie | 363,02 | 330,29 |
| Croatie | — | 330,00 |
| Lituanie | 466,00 | 500,00 |
| Malte | 549,38 | 472,40 |
| Luxembourg | 569,11 | 464,60 |
| Irlande | 584,18 | 453,15 |
| Belgique | 600,16 | 600,16 |
| Italie | 672,90 | 532,90 |
| France | 690,20 | 607,50 |
| Finlande | 722,41 | 510,52 |
| Pays-Bas | 840,00 | 550,00 |
Source : Commission européenne, Bulletin pétrolier hebdomadaire, fichier « Duties and taxes », au 3 août 2026 ; minima issus de la directive 2003/96/CE. Les États membres dont la répartition entre accise et autres taxes indirectes n’a pas pu être recoupée ne figurent pas ici.
Pourquoi la règle européenne ne bouge pas
Pourquoi ces minima n’ont-ils jamais été réévalués ? En matière fiscale, le Conseil de l’Union européenne statue à l’unanimité — l’instance où siègent les ministres nationaux, à ne pas confondre avec le Conseil européen des chefs d’État et de gouvernement. La Commission a proposé une refonte le 14 juillet 2021, dans le paquet « Ajustement à l’objectif 55 ». Cinq ans plus tard, rien n’est adopté : selon l’Observatoire législatif du Parlement européen, la procédure 2021/0213(CNS) était encore, au 6 août 2026, « en attente de décision de la commission ». Tant qu’un seul État s’y oppose, les minima de 2003 restent la seule règle commune.

Pourquoi les prix ont flambé cet été : le pétrole, pas les taxes
Les accises n’ayant pas bougé, la hausse vient du marché. Selon les cotations du Brent daté de l’agence américaine d’information sur l’énergie (EIA), le baril est passé de 68,53 dollars le 2 juillet 2026 à 105,32 dollars le 23 juillet, soit 54 % en trois semaines, avant de refluer à 88,90 dollars le 3 août ; le sommet de l’année reste le 6 avril, à 138,21 dollars. De telles amplitudes rappellent à quel point le système énergétique européen est mis à l’épreuve par un cours fixé hors de ses frontières.
Intervient alors un mécanisme contre-intuitif : parce que les accises sont des montants fixes au litre, elles amortissent le choc mesuré en pourcentage. Sur un an, à la semaine du 3 août 2026, le prix hors taxes de l’essence a bondi de 44,2 % dans l’Union, mais le prix à la pompe de 21,2 % seulement. Pour le gazole : 61,2 % hors taxes contre 33,2 % TTC.
En un an, le prix hors taxes de l’essence a augmenté de 44,2 % dans l’Union européenne. À la pompe, la hausse n’a été que de 21,2 %.
La règle vaut dans les deux sens : quand le baril s’effondre, la fiscalité soutient le prix affiché. C’est pourquoi le prix à la pompe bouge moins que les cours mondiaux, et avec deux à trois semaines de retard.
Des situations nationales très contrastées
En juin 2026, cinq États membres dépassaient 20 % sur un an : la Bulgarie (+26,0 %), la Lituanie (+23,5 %), la Roumanie (+23,1 %), la Finlande (+22,0 %) et le Luxembourg (+20,7 %). À l’opposé, la Hongrie s’en tenait à +2,3 %, l’Espagne à +7,9 % et Malte à 0,0 %. La France était à +18,5 % et l’Allemagne à +11,1 %.
2028 : l’arrivée d’un prix du carbone sur les carburants routiers
À cet immobilisme fiscal répond une réforme qui, elle, avance. L’ETS2 est un second marché européen du carbone, créé par la directive (UE) 2023/959 du 10 mai 2023, qui complète la directive 2003/87/CE et étend le principe des quotas d’émission aux bâtiments, au transport routier et à d’autres secteurs. Souvent présenté comme une taxe carbone sur les carburants à l’horizon 2028, il n’en est pas une au sens strict : c’est un marché de quotas dont le prix se forme aux enchères.
Point de vulgarisation essentiel : ce ne sont pas les automobilistes qui achèteront des quotas. La page consacrée à l’ETS2 par la Commission européenne, mise à jour le 23 juillet 2026, l’écrit sans ambiguïté : « Ce sont les fournisseurs de carburant, et non les consommateurs finaux tels que les ménages ou les automobilistes, qui devront surveiller et déclarer leurs émissions. » Ils répercuteront le coût des quotas dans le prix de vente : aucune ligne « ETS2 » n’apparaîtra sur votre ticket.
Le calendrier est le suivant :
- depuis 2025 : les fournisseurs surveillent et déclarent leurs émissions ;
- depuis 2026 : ces déclarations doivent être certifiées par un vérificateur accrédité ;
- 2027 : premières enchères anticipées de quotas ;
- 2028 : le système devient pleinement opérationnel, avec un volume de quotas mis aux enchères majoré de 30 % ;
- 31 mai 2029 : première restitution de quotas, pour les émissions de 2028.
La Commission l’écrit noir sur blanc : « L’ETS2 deviendra pleinement opérationnel en 2028. » Le plafond vise une baisse de 42 % des émissions en 2030 par rapport à 2005 dans les secteurs couverts — une trajectoire sur laquelle les États membres divergent, comme l’a illustré le débat autour de l’objectif zéro émission de carbone.
Les garde-fous prévus contre une flambée du prix du carbone
La directive de 2023 a anticipé le risque d’emballement. Pendant les deux premières années de fonctionnement, si le prix du quota dépasse 45 € (en euros de 2020, ajustés de l’inflation) deux mois consécutifs, 20 millions de quotas peuvent être libérés de la réserve de stabilité du marché de l’ETS2, jusqu’au 31 décembre 2029. C’est un seuil de déclenchement, et non un plafond garanti du prix du carbone.
Le 11 juin 2026, le Parlement européen et le Conseil sont parvenus à un accord provisoire renforçant ces garde-fous, sur une proposition de la Commission du 27 novembre 2025 : validité des quotas en réserve prolongée au-delà de 2030, doublement du nombre de quotas injectés en cas de dépassement du seuil, libérations plus précoces. Wopke Hoekstra, commissaire européen à l’action climatique, l’a commenté ainsi :
« L’action climatique ne doit pas seulement être efficace, elle doit aussi être juste et prévisible. L’accord conclu aujourd’hui renforce les garde-fous du nouveau système d’échange de quotas d’émission pour les bâtiments et le transport routier. »
Cet accord reste toutefois provisoire : le texte doit encore être adopté formellement par le Parlement européen et le Conseil, puis publié au Journal officiel.
Le Fonds social pour le climat, contrepartie du dispositif
L’extension du prix du carbone s’accompagne d’un volet redistributif. Le Fonds social pour le climat, institué par le règlement (UE) 2023/955, doit mobiliser 86,7 milliards d’euros entre 2026 et 2032, financés par les recettes des enchères de l’ETS2, par 50 millions de quotas prélevés sur le marché du carbone existant et par 25 % de cofinancement national. Il finance la rénovation des logements, le remplacement des chauffages, les transports à zéro émission et des aides directes aux ménages les plus exposés. Les plans nationaux devaient être déposés avant le 30 juin 2025 ; une facilité de préfinancement de 3 milliards d’euros, montée avec la Banque européenne d’investissement, couvre 2026-2027.
Ce que cela change pour vous cet été
Les écarts frontaliers sont réels et documentés : au 3 août 2026, l’essence coûtait 1,687 € le litre en Espagne contre 2,066 € en France, soit 18,95 € de différence sur un plein de 50 litres ; le Luxembourg (1,708 €) restait sous la Belgique (1,883 €) et l’Allemagne (2,184 €). Une réserve s’impose : ce sont des moyennes nationales pondérées relevées un jour donné, qui varient fortement selon le réseau et la région. Le Bulletin pétrolier est public et actualisé chaque jeudi.
À moyen terme, la Commission européenne observe un déplacement de la demande : en avril 2026, 20,6 % des voitures neuves immatriculées dans l’Union étaient 100 % électriques, contre 15,7 % un an plus tôt. Dans un communiqué du 17 juillet 2026, elle avance que « conduire un véhicule électrique à batterie peut permettre d’économiser jusqu’à 78 % par rapport à une voiture équivalente fonctionnant aux énergies fossiles ». C’est un chiffre de la Commission, non une recommandation de notre part : il dépend du prix de l’électricité et de l’usage. Le mouvement gagne aussi les véhicules électriques utilitaires.
Questions fréquentes sur le prix des carburants en Europe
Dans quel pays de l’Union européenne le carburant est-il le moins cher ?
Au 3 août 2026, Malte affiche les prix les plus bas de l’Union : 1,340 € le litre de sans-plomb 95 et 1,210 € le litre de gazole, selon le Bulletin pétrolier de la Commission européenne. Ces prix sont administrés par l’État maltais. Viennent ensuite la Suède, la Bulgarie et Chypre.
Quelle part des taxes dans le prix de l’essence en Europe ?
En moyenne dans l’Union, les taxes représentent 48,7 % du prix du sans-plomb 95 et 41,1 % du prix du gazole au 3 août 2026. La part varie fortement : de 29,8 % en Suède à 56,3 % à Malte pour l’essence. En France, elle atteint 50,1 %, soit 51,73 € sur un plein de 50 litres.
Pourquoi le prix des carburants varie-t-il autant d’un pays de l’Union à l’autre ?
Hors Malte, où les prix sont administrés, le prix hors taxes est assez homogène : de 0,868 € à 1,250 € le litre pour l’essence. Ce sont les taxes qui creusent l’écart, de 0,433 € à 1,259 €. La directive de 2003 ne fixe que des minima — 359 € par 1 000 litres d’essence, 330 € pour le gazole — et chaque État reste libre au-dessus.
Qu’est-ce que l’ETS2 et quand s’appliquera-t-il aux carburants ?
L’ETS2 est le second marché européen du carbone, créé par la directive (UE) 2023/959. Il couvre les bâtiments et le transport routier. Selon la Commission européenne, il deviendra pleinement opérationnel en 2028, avec des enchères anticipées dès 2027. Ce sont les fournisseurs de carburant, et non les automobilistes, qui devront acheter des quotas.
L’ETS2 va-t-il faire monter le prix à la pompe ?
Les fournisseurs de carburant répercuteront le coût des quotas, ce qui pèse à la hausse. La directive prévoit un mécanisme d’amortissement : si le prix du quota dépasse 45 € pendant deux mois consécutifs, 20 millions de quotas sont libérés de la réserve de stabilité. Un accord provisoire du 11 juin 2026 renforce ce dispositif, mais reste à adopter formellement.