L’impôt établi cette année sur vos pensions de 2025 ne changera pas. Il a été calculé abattement de 10 % compris. Ce qui se discute relève du budget 2027 : le projet de loi de finances n’est pas déposé, rien n’est voté. Le 11 septembre 2026, sur Sud Radio, le ministre délégué aux Comptes publics David Amiel a posé deux options. La première : indexer toutes les pensions sur l’inflation et supprimer l’abattement. La seconde : n’indexer que les petites pensions et réduire fortement l’abattement.
Les deux leviers ne touchent pas les mêmes personnes. Toucher à l’abattement ne pèse que sur les retraités imposables, soit environ la moitié d’entre eux. Une sous-indexation, elle, réduirait la pension de tous ceux qu’elle vise, imposables ou non. L’arbitrage revient au Premier ministre, Sébastien Lecornu, et aucune décision n’était prise au 14 septembre.
La pension imposable est amputée de 10 % avant le calcul de l’impôt
L’abattement ne se retranche pas de votre impôt : il retire 10 % de la pension qui entre dans le calcul. Une pension nette imposable de 20 000 euros par an est comptée pour 18 000 euros. Le barème s’applique ensuite à ce montant réduit. La règle figure au 5 a de l’article 158 du code général des impôts, dans sa version en vigueur depuis le 1ᵉʳ juillet 2026.
La différence avec une réduction d’impôt commande tout le reste. Une réduction se retranche de l’impôt, euro pour euro. Un abattement se retranche du revenu, et ce qu’il fait gagner dépend du taux auquel ce revenu aurait été imposé. Deux retraités qui déduisent la même somme n’y gagnent donc pas la même chose s’ils ne sont pas imposés au même taux.
Vous n’avez rien à demander. L’administration fiscale applique l’abattement automatiquement aux pensions déclarées. Le dispositif date de 1978. Il est présenté comme la contrepartie des frais professionnels que les salariés déduisent pendant leur vie active.
454 euros par pensionné en bas, 4 439 euros par foyer en haut
Le taux de 10 % est encadré par deux bornes, et elles ne s’appliquent pas au même niveau. Le minimum de 454 euros se calcule pour chaque membre du foyer qui perçoit une pension. Le maximum de 4 439 euros vaut pour le foyer fiscal tout entier. Ces montants s’appliquent aux revenus de 2025, déclarés en 2026, selon l’article 158 du code général des impôts.
Le plancher protège les petites pensions. Dix pour cent n’atteignent 454 euros qu’à partir de 4 540 euros de pension annuelle. En dessous, l’abattement vaut 454 euros, sans pouvoir dépasser la pension elle-même. Un couple dont les deux membres touchent une petite pension cumule donc deux planchers.
Le plafond joue pour les foyers aisés. Il est atteint dès 44 390 euros de pensions annuelles cumulées pour tout le foyer, soit environ 3 700 euros par mois. Le code additionne les abattements calculés pour chaque bénéficiaire, puis applique le plafond à la somme.
Cette mécanique pèse sur les couples. Deux conjoints qui perçoivent chacun 30 000 euros calculent 3 000 euros d’abattement chacun, soit 6 000 euros. Le foyer n’en retient que 4 439. Deux retraités qui déclarent chacun de leur côté, avec les mêmes pensions, déduiraient chacun ses 3 000 euros.
Les deux bornes bougent chaque année. Elles sont revalorisées comme la limite supérieure de la première tranche du barème, fixée à 11 600 euros pour les revenus de 2025 par l’article 197 du code général des impôts. Le plafond était de 4 399 euros un an plus tôt, sur les revenus de 2024 : c’est ce montant qui circulait lors du débat budgétaire de l’automne 2025.
| Situation | 10 % de la pension | Abattement retenu | Valeur fiscale selon la tranche |
|---|---|---|---|
| Retraité seul, 3 000 € par an | 300 € | 454 € (plancher) | 0 € si le foyer n’est pas imposable |
| Retraité seul, 20 000 € par an | 2 000 € | 2 000 € | 220 € dans la tranche à 11 % |
| Retraité seul, 50 000 € par an | 5 000 € | 4 439 € (plafond) | 1 331,70 € dans la tranche à 30 % |
| Couple, 30 000 € + 30 000 € par an | 3 000 € + 3 000 € | 4 439 € (plafond du foyer) | 488,29 € dans la tranche à 11 % |
L’avantage vaut zéro pour un foyer non imposable et jusqu’à 1 820 euros dans la tranche à 41 %
Ce que l’abattement rapporte se calcule en multipliant son montant par le taux marginal d’imposition du foyer. Ce taux est celui de la tranche la plus haute atteinte par le revenu. Pour les revenus de 2025, l’article 197 du code général des impôts fixe quatre tranches imposables, par part :
- 11 % au-delà de 11 600 euros ;
- 30 % au-delà de 29 579 euros ;
- 41 % au-delà de 84 577 euros ;
- 45 % au-delà de 181 917 euros.
Appliqué à l’abattement, ce barème crée des écarts importants. Un foyer non imposable n’y gagne rien : il n’a pas d’impôt à réduire. Dans la tranche à 11 %, 1 000 euros d’abattement font économiser 110 euros. Un abattement plafonné de 4 439 euros vaut 1 331,70 euros dans la tranche à 30 %, et 1 819,99 euros dans la tranche à 41 %.
La même règle rapporte donc davantage aux pensions élevées, pour deux raisons qui se cumulent. L’abattement grossit avec la pension jusqu’au plafond. Le taux qui le valorise monte avec le revenu. Une suppression coûterait l’ordre de grandeur de ces montants : rien pour un foyer qui resterait non imposable, jusqu’à 488,29 euros dans la tranche à 11 %, plus de 1 300 euros au plafond dans la tranche à 30 %.
Ces montants restent des ordres de grandeur. Ils ignorent la décote, le quotient familial et les autres revenus du foyer, qui modifient le résultat réel. Un foyer proche d’un seuil de tranche peut aussi voir son abattement à cheval sur deux taux. Le simulateur officiel du site impots.gouv.fr permet de refaire le calcul sur une situation précise.
Environ la moitié des retraités seulement bénéficient réellement de l’abattement : ceux qui sont imposables. Pour les autres, sa suppression ne changerait pas l’impôt, sauf si le revenu imposable, abattement retiré, franchissait le seuil d’imposition. Une sous-indexation des pensions, elle, pourrait les atteindre.

Plus de 6 milliards pour l’indexation, entre 5 et 6 milliards pour l’abattement
L’abattement revient dans chaque budget parce que son coût est du même ordre que celui de l’indexation. Indexer toutes les pensions sur l’inflation coûterait plus de 6 milliards d’euros en 2027, selon David Amiel. L’abattement prive l’État d’une somme voisine : 5,7 milliards d’euros de recettes en 2025, selon le gouvernement. C’est la troisième dépense fiscale de l’État.
Supprimer l’un financerait donc à peu près l’autre. Cette coïncidence permet au gouvernement de présenter les deux comme substituables. David Amiel en a tiré une mise en garde sur Sud Radio le 11 septembre : quiconque prétend augmenter les pensions « sans réformer à l’euro près cet abattement » ment aux Français ou fait exploser le déficit.
Le coût exact de l’abattement varie selon les chiffrages, entre 5 et 6 milliards d’euros, et des estimations plus basses circulent. L’écart tient aux méthodes et aux années retenues. Il ne change pas l’ordre de grandeur, qui place l’abattement parmi les plus grosses dépenses fiscales de l’État.
La discussion s’inscrit dans un effort plus large. Le gouvernement cherche environ 30 milliards d’euros d’économies pour 2027, dont environ 6 milliards du côté des retraités. L’arbitrage entre les deux options revient au Premier ministre, Sébastien Lecornu. Au 14 septembre 2026, aucune n’était retenue.
Le forfait de 2 000 euros rejeté en 2025 faisait perdre à partir de 1 667 euros de pension mensuelle
Raboter l’abattement ne veut pas forcément dire le supprimer. L’article 6 du projet de loi de finances pour 2026 proposait de le remplacer par un abattement forfaitaire de 2 000 euros par retraité, soit 4 000 euros pour un couple. Le gouvernement en attendait 1,2 milliard d’euros de recettes en 2026, puis 1,5 milliard en 2027.
Le seuil de bascule se retrouve par le calcul. Un forfait de 2 000 euros égale 10 % d’une pension de 20 000 euros par an, soit environ 1 667 euros par mois. Au-dessus, le forfait déduit moins que le système actuel et l’impôt monte. En dessous, il déduit davantage.
Le rapporteur général du budget à l’Assemblée nationale, Philippe Juvin, en avait estimé l’effet : 39 % de perdants et 12 % de gagnants parmi les retraités. La hausse d’impôt commençait vers 1 667 euros de pension mensuelle. Le gouvernement mettait en avant 1,6 million de retraités modestes gagnants.
Les députés ont supprimé l’article 6 le 13 novembre 2025, par 213 voix contre 17 et 3 abstentions. Les groupes de gauche, le Rassemblement national, la Droite républicaine et les écologistes ont voté la suppression. Seuls les députés Horizons s’y sont majoritairement opposés.
Le Conseil des prélèvements obligatoires, rattaché à la Cour des comptes, avait recommandé une piste voisine en 2024, d’après la recommandation rapportée par Moneyvox. Il proposait un abattement forfaitaire concentrant l’effort sur les 10 % de retraités les plus aisés, pour un rendement évalué à 1,3 milliard d’euros.
Ces précédents montrent que la forme décide de qui paie :
- abaisser le plafond ne touche que les foyers dont l’abattement dépasse le nouveau plafond ;
- réduire le taux diminue l’abattement de la plupart des retraités imposables, sauf de ceux que le plancher ou le plafond maintiennent au même montant ;
- un forfait crée des gagnants et des perdants repérables à leur niveau de pension ;
- une suppression relève le revenu imposable de chaque retraité imposable du montant de son abattement actuel.
Une sous-indexation atteindrait aussi les retraités non imposables
Le second levier ne passe pas par l’impôt. Une sous-indexation revalorise les pensions moins vite que l’inflation : c’est la pension versée qui perd du pouvoir d’achat, que son titulaire paie l’impôt ou non. Un retraité qui resterait non imposable après une réforme de l’abattement serait touché si sa pension fait partie de celles qui ne seraient plus indexées. Aucun texte ne fixe à ce stade le seuil des « petites pensions » qui resteraient protégées.
Une pension peut compter deux étages, et ils ne dépendent pas des mêmes décideurs. L’État décide, par la loi, de la revalorisation des pensions de base. Les partenaires sociaux décident de celle des complémentaires Agirc-Arrco, au conseil d’administration du régime. Une sous-indexation décidée par l’État viserait donc les pensions de base.
Les deux étages ont récemment évolué chacun de son côté. Les pensions de base ont été revalorisées de 0,9 % au 1ᵉʳ janvier 2026. Les complémentaires Agirc-Arrco n’ont pas été revalorisées au 1ᵉʳ novembre 2025, faute d’accord des partenaires sociaux au conseil d’administration du 17 octobre 2025. C’était une première depuis la fusion des régimes en 2019, et la valeur du point est restée à 1,4386 euro.
La revalorisation de novembre 2026 relève de nouveau du conseil d’administration de l’Agirc-Arrco, dont la décision est attendue mi-octobre. Elle suit ce circuit propre, distinct de la discussion budgétaire sur l’abattement et les pensions de base.
La forme retenue se lira dans le projet de loi de finances attendu le 30 septembre
Les avis d’imposition reçus cet été ne sont pas concernés. Ils portent sur les revenus de 2025 et appliquent l’abattement actuel : 454 euros au minimum par pensionné, 4 439 euros au maximum par foyer. Toute modification passera par le projet de loi de finances pour 2027, selon ce calendrier :
- 30 septembre 2026 : dépôt du texte à l’Assemblée nationale, annoncé par le Premier ministre ;
- 20 octobre : vote à l’Assemblée nationale de la première partie, celle des recettes, qui porte la fiscalité ;
- 17 novembre : vote de l’ensemble du texte à l’Assemblée, avant l’examen par le Sénat.
Le dépôt ne vaut pas adoption. En novembre 2025, l’article qui remplaçait l’abattement par un forfait a disparu dès le passage à l’Assemblée. L’année de revenus à laquelle une réforme s’appliquerait n’est pas connue non plus : elle dépendra de la rédaction du texte.
Le budget 2027 en préparation porte sur d’autres sujets proches, comme la majoration de retraite pour trois enfants ou le don d’argent exonéré en 2027.
Une fois le projet déposé, le signal à chercher est un article modifiant le 5 a de l’article 158 du code général des impôts. Suppression, plafond abaissé ou forfait : c’est sa rédaction qui dira à partir de quel niveau de pension l’impôt augmenterait.
Questions fréquentes
Faut-il demander l’abattement de 10 % sur sa déclaration de revenus ?
Non. L’administration fiscale applique l’abattement automatiquement aux pensions et retraites déclarées. Aucune démarche n’est demandée au retraité.
Le minimum de 454 euros et le plafond de 4 439 euros s’appliquent-ils par personne ou par foyer ?
Le minimum de 454 euros s’apprécie pour chaque membre du foyer qui perçoit une pension, sans dépasser le montant de cette pension. Le plafond de 4 439 euros s’applique à l’ensemble du foyer fiscal. Un couple de retraités modestes cumule deux planchers, mais un couple aisé partage un seul plafond.
L’impôt établi en 2026 sur les pensions de 2025 va-t-il changer ?
Non. L’impôt 2026 porte sur les revenus de 2025 et a été établi avec l’abattement actuel. Une modification ne pourrait venir que du projet de loi de finances pour 2027, s’il en contient une et si le Parlement la vote. L’année de revenus à laquelle elle s’appliquerait n’est pas connue tant qu’aucun texte n’est déposé.
Un retraité non imposable est-il concerné par les pistes du budget 2027 ?
Une suppression ou une réduction de l’abattement ne changerait pas son impôt tant que son revenu imposable, abattement retiré, reste sous le seuil d’imposition. Une sous-indexation des pensions, en revanche, réduirait sa pension s’il fait partie des retraités qu’elle vise. Les deux options présentées par le gouvernement ne pèsent donc pas sur les mêmes personnes.
Le forfait de 2 000 euros par retraité est-il en vigueur ?
Non. L’article 6 du projet de loi de finances pour 2026 proposait de remplacer l’abattement de 10 % par un forfait de 2 000 euros par retraité. L’Assemblée nationale a supprimé cet article le 13 novembre 2025, par 213 voix contre 17 et 3 abstentions. L’abattement de 10 % reste la règle.