Le pic de 3,6 % ne décrit ni votre année ni votre pays. Il est le sommet d’un seul trimestre : le quatrième trimestre 2026, mesuré sur l’indice des prix à la consommation harmonisé (IPCH) de la zone euro. Sur l’année entière, le même exercice situe l’inflation à 3,0 %. Les projections des services de la Banque centrale européenne (BCE), publiées le 10 septembre 2026, portent ces deux nombres ensemble. Elles attribuent le pic à la flambée des prix de l’énergie. Celle-ci est liée au conflit au Moyen-Orient.

Ce scénario de référence n’est pas une promesse. Il est révisé chaque trimestre et assorti de variantes. Il a tout de même une descendance très concrète. Le Conseil des gouverneurs a relevé ses trois taux directeurs de 25 points de base le 10 septembre, et le taux de la facilité de dépôt est à 2,50 % depuis le 16 septembre 2026. Deux autres chiffres, eux, ne suivent pas le calendrier de Francfort : le livret A reste à 1,70 % jusqu’au 31 janvier 2027, et le taux moyen des crédits nouveaux à l’habitat en France s’établissait à 3,30 % en juillet 2026.

Le 3,6 % vise le seul quatrième trimestre 2026, la moyenne de l’année reste à 3,0 %

Un pic n’est pas une moyenne. Le 3,6 % est la valeur la plus haute d’un sentier trimestriel, atteinte au dernier trimestre de 2026. L’année entière, elle, est projetée à 3,0 %. Additionner mentalement 3,6 % à un budget annuel revient à appliquer le sommet d’un trimestre à douze mois.

Le sentier publié le 10 septembre 2026 donne trois nombres : 3,0 % en 2026, 2,5 % en 2027, 2,1 % en 2028. Hors énergie et alimentation, la même projection retient 2,5 % en 2026, 2,6 % en 2027 et 2,3 % en 2028. Cette seconde série, dite sous-jacente, sert à repérer ce qui subsisterait sans le choc énergétique.

Ces nombres bougent d’un trimestre à l’autre. Par rapport à l’exercice de juin 2026, 2026 est inchangé à 3,0 %, 2027 passe de 2,3 % à 2,5 %, et 2028 de 2,0 % à 2,1 %. La croissance du produit intérieur brut (PIB) réel est relevée elle aussi : 0,9 % en 2026 et 1,4 % en 2027, contre 0,8 % et 1,2 % trois mois plus tôt. Pour 2028, elle reste à 1,5 %.

Ce sont des projections des services de la BCE, pas une annonce du Conseil des gouverneurs. Elles décrivent un scénario de référence, accompagné de variantes sur l’intensité et la durée du choc énergétique. Deux dixièmes de révision sur l’année 2027 en un seul trimestre donnent la mesure de leur plasticité.

Six chiffres d’inflation publiés en septembre 2026 et ce que chacun mesure
ChiffreCe qu’il mesurePériode couverteSource et date
3,6 %Pic du sentier d’inflation IPCH projeté, zone euro4ᵉ trimestre 2026Projections des services de la BCE, 10 septembre 2026
3,0 %Inflation IPCH moyenne annuelle projetée, zone euroAnnée 2026Projections des services de la BCE, 10 septembre 2026
2,5 % puis 2,1 %Inflation IPCH moyenne annuelle projetée, zone euroAnnées 2027 et 2028Projections des services de la BCE, 10 septembre 2026
2,5 %, 2,6 %, 2,3 %Inflation projetée hors énergie et alimentation, zone euro2026, 2027, 2028Projections des services de la BCE, 10 septembre 2026
3,2 %Inflation IPCH constatée, zone euroAoût 2026Eurostat, donnée définitive du 17 septembre 2026
2,6 %Inflation IPCH constatée, FranceAoût 2026Eurostat, donnée définitive du 17 septembre 2026

En août, la France est à 2,6 % quand la moyenne de la zone euro est à 3,2 %

L’indice sur lequel la BCE raisonne n’est pas celui que l’Insee publie pour la France. L’IPCH est construit par Eurostat selon des règles communes, pour que les économies européennes soient comparables entre elles. Sa vocation est la comparaison, pas la description d’un budget national.

Eurostat a arrêté le chiffre d’août 2026 le 17 septembre : 3,2 % sur un an dans la zone euro, après 2,9 % en juillet. L’Union européenne affiche le même niveau. La décision de politique monétaire du 10 septembre, elle, s’est appuyée sur l’estimation rapide alors disponible, à 3,3 %. Les deux nombres ne se corrigent pas l’un l’autre : 3,2 % est la donnée définitive, 3,3 % était l’information du jour de la réunion.

La moyenne recouvre des écarts importants. La France est à 2,6 % en août, l’Allemagne à 2,9 %, la Suède à 0,3 % et la Roumanie à 6,3 %. Six points séparent les deux extrêmes. Six dixièmes séparent la France de l’ensemble de la zone.

La hausse d’août vient d’abord de l’énergie : 14,3 % sur un an, après 10,3 % en juillet. Les services progressent de 3,0 %, les biens industriels hors énergie de 1,2 %, l’alimentation, l’alcool et le tabac de 1,1 %. Un seul poste explique donc l’essentiel de l’écart avec la cible de 2 %.

La conséquence est directe. Un pic de 3,6 % projeté pour la zone euro ne dit pas le niveau que la France atteindra au même moment. Il ne peut pas non plus être reporté tel quel sur une facture, sur un loyer ou sur une formule de calcul française.

Trois fois plus bas que le pic d’octobre 2022, et concentré sur l’énergie

La zone euro a connu bien pire, récemment. En octobre 2022, l’inflation annuelle avait atteint 10,6 %, contre 4,1 % un an auparavant. Le sommet projeté pour fin 2026 en représente environ le tiers.

La différence ne tient pas qu’au niveau. En août 2026, la hausse reste logée dans l’énergie. L’alimentation, l’alcool et le tabac progressent de 1,1 % sur un an, les biens industriels hors énergie de 1,2 % : moins vite que la cible de 2 %. Les services, poste le plus sensible aux salaires, sont à 3,0 %.

Le repère sous-jacent raconte la même chose, à condition de ne pas mélanger deux mesures. Dans sa déclaration du 10 septembre, la BCE relève une inflation hors énergie et alimentation de 2,4 % en août, en repli depuis 2,5 % en juillet : c’est un point mensuel. Les 2,5 % du sentier de projection sont une moyenne annuelle pour 2026. Les deux se ressemblent et ne mesurent pas la même chose.

Reste le mécanisme qui commande la suite. Un choc énergétique gonfle l’inflation mesurée tant que la comparaison porte sur un mois d’avant-choc. Douze mois plus tard, la base de comparaison intègre à son tour les prix élevés, et le taux annuel retombe même si rien ne baisse. Le reflux projeté décrit donc un ralentissement de la hausse. Il ne rendra pas aux factures leur niveau d’avant.

Le chiffre devient d’abord un taux directeur : la facilité de dépôt à 2,50 % depuis le 16 septembre

La première traduction concrète du sentier d’inflation est une décision de taux. Le Conseil des gouverneurs a relevé ses trois taux directeurs de 25 points de base le 10 septembre 2026. Avec effet au 16 septembre, la facilité de dépôt passe à 2,50 %, les opérations principales de refinancement à 2,65 % et la facilité de prêt marginal à 2,90 %.

C’est la deuxième hausse de l’année. Le taux de dépôt était déjà passé de 2,00 % à 2,25 % avec effet au 17 juin 2026, après un an de stabilité à 2,00 % depuis le 11 juin 2025. En trois mois, le taux auquel les banques placent leurs liquidités auprès de la banque centrale a gagné un demi-point.

Une banque centrale ne relève pas ses taux contre le prix du baril : elle ne le contrôle pas. Ce qu’elle vise, ce sont les effets de second tour, c’est-à-dire la diffusion du choc aux salaires, aux prix indirects et aux anticipations. Un choc venu de l’offre appelle ainsi une réponse qui pèse, elle, sur la demande.

Les indicateurs de cette diffusion sont calmes à ce stade. La BCE constate que les salaires ne répondent pas matériellement au choc énergétique. La rémunération par tête ralentit à 3,3 % sur un an au deuxième trimestre 2026, après 3,5 % au premier. Le traqueur de salaires de la BCE attend 2,7 % de hausse des salaires négociés au premier semestre 2027. Le chômage de la zone euro est à 6,4 % en juillet 2026. Les anticipations d’inflation de long terme restent proches de 2 %, celles de court terme à des niveaux élevés.

La suite du calendrier de taux, en revanche, n’est pas écrite. La déclaration du 10 septembre pose que les décisions se prennent réunion par réunion, en fonction des données. Elle ajoute une phrase qui ferme toute extrapolation : « Le Conseil des gouverneurs ne s’engage pas sur une trajectoire de taux particulière. »

Un ouvrier de pawnshop compte de l'argent pour des bijoux en or sur de nombreux bijoux d'or et d'argent en arrière-plan

Sur le livret A, la formule regarde l’inflation française et le taux reste figé jusqu’au 31 janvier 2027

Rien de ce qui précède ne change aujourd’hui la rémunération d’un livret A. Son taux est administré : il ne se négocie pas, il s’arrête par un texte. L’arrêté du 28 juillet 2026, publié au Journal officiel de la République française (JORF) du 29 juillet 2026, fixe 1,70 % pour le livret A et pour le livret de développement durable et solidaire (LDDS), du 1ᵉʳ août 2026 au 31 janvier 2027.

Ces deux bornes sont l’information pratique. Le taux est figé sur toute la période, quelles que soient les publications d’Eurostat et les réunions de Francfort dans l’intervalle. Une épargne réglementée indexée en continu sur l’inflation n’existe pas.

Le calcul, lui, est semestriel. La Banque de France est chargée d’y procéder deux fois par an, selon la formule qui fixe le taux de l’épargne réglementée : elle combine l’inflation et les taux courts de marché. Pour le taux applicable au 1ᵉʳ août 2026, les deux termes étaient l’inflation française hors tabac en moyenne sur janvier-juin 2026, soit 1,52 %, et la moyenne du taux à court terme de l’euro (€STR) sur la même période, soit 1,95 %. Le résultat, 1,70 %, a succédé au taux de 1,50 % fixé en début d’année 2026.

Deux choses se déduisent de cette mécanique. L’assiette est française : c’est l’indice des prix hors tabac calculé par l’Insee, pas l’IPCH de la zone euro ni son pic projeté. Et le rendez-vous est daté : la prochaine révision prend effet le 1ᵉʳ février 2027, sur le semestre juillet-décembre 2026, qui n’est pas clos. Le résultat de la formule n’est donc pas connu à ce jour, et le gouverneur de la Banque de France peut proposer un écart à ce résultat.

Un ordre de grandeur, pour finir, et rien de plus. Un taux nominal de 1,70 % face à une inflation harmonisée française de 2,6 % en août 2026 laisse un rendement réel négatif. Ce constat décrit l’épargne à taux administré en général, à une date donnée. Il ne vaut pas évaluation d’un placement.

Un crédit immobilier suit les taux longs : 3,30 % en France en juillet, 3,5 % dans la zone euro

Le taux de dépôt ne fixe pas le taux d’un crédit immobilier. Un prêt à taux fixe se finance sur les taux longs et sur les conditions de refinancement des banques, qui ne se déplacent pas au rythme des décisions de Francfort. Une fois l’offre acceptée, le taux ne bouge plus : aucune décision ultérieure de la BCE ne le modifie.

Les données publiées vont dans ce sens. Dans la zone euro, les taux des crédits immobiliers sont restés inchangés à 3,5 % en juin et en juillet 2026, alors même que le taux de dépôt avait été relevé avec effet au 17 juin. La croissance des encours de crédit immobilier a fléchi à 3,0 % en juillet.

En France, la Banque de France relève 3,30 % de taux moyen sur les crédits nouveaux à l’habitat hors renégociations en juillet 2026, après 3,27 % en juin. Trois centièmes de point d’écart en un mois. La production recule plus nettement. Elle tombe à 11 milliards d’euros en juillet, contre 13,2 milliards en juin. Ce sont les données de juillet 2026, publiées le 7 septembre dans la Stat Info « Crédits aux particuliers », qui est actualisée chaque mois.

Le coût d’un crédit se joue donc sur les taux longs et sur les barèmes des banques, pas dans un communiqué de politique monétaire. C’est là que se lit ce qui détermine réellement le taux d’un crédit immobilier.

Le reflux s’ouvre à la mi-2027, le retour près de 2 % est attendu en fin d’année

Deux dates circulent, et elles ne désignent pas le même événement. Philip R. Lane, membre du directoire et chef économiste de la BCE, a déclaré : « L’inflation sera probablement plus élevée plus longtemps, avant de refluer vers notre objectif à partir de la mi-2027. » L’entretien avec Le Temps a été réalisé le 15 septembre 2026 et publié par la BCE le 22 septembre. C’est l’analyse d’un membre du directoire, postérieure à la décision collégiale du 10 septembre et distincte d’elle.

Le Conseil des gouverneurs, lui, situe l’inflation bien au-dessus de la cible jusqu’au premier semestre 2027, et son retour autour de 2 % vers la fin de 2027. Les deux énoncés sont compatibles. La mi-2027 ouvre la décrue ; la cible est attendue plus tard dans l’année.

Lane décrit deux vagues de hausse des prix de l’énergie en 2026 : une première en mars et avril, une seconde portant à la fois sur le pétrole et sur le gaz. La pression s’exerce selon lui sur l’alimentation, sur l’énergie au sens large, électricité comprise, et sur les biens en général. Celle qui porte sur les services reste contenue.

Le Conseil des gouverneurs juge les risques orientés à la hausse sur l’inflation et à la baisse sur la croissance, en raison notamment du conflit au Moyen-Orient et de la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine. Il décide réunion par réunion, sans trajectoire annoncée.

Trois rendez-vous datés permettent de suivre la séquence à la source :

  • le 31 janvier 2027, terme de la période à 1,70 % pour le livret A et le LDDS ;
  • la note mensuelle d’Eurostat sur l’inflation, qui donne l’IPCH définitif du mois précédent et le chiffre français ;
  • la Stat Info « Crédits aux particuliers » de la Banque de France, qui actualise chaque mois le taux moyen des crédits nouveaux à l’habitat.

Questions fréquentes

Que mesure exactement le pic d’inflation de 3,6 % projeté pour fin 2026 ?

Il mesure la hausse des prix sur un an dans l’ensemble de la zone euro, au cours du seul quatrième trimestre 2026, sur l’indice des prix à la consommation harmonisé (IPCH). Ce n’est pas une moyenne annuelle. Le même exercice de projection, publié par les services de la BCE le 10 septembre 2026, situe l’année 2026 entière à 3,0 %.

Pourquoi la France affiche-t-elle 2,6 % quand la zone euro est à 3,2 % ?

Parce que le chiffre de la zone euro est une moyenne d’économies aux structures de prix différentes. En août 2026, Eurostat relève 2,6 % pour la France, 2,9 % pour l’Allemagne, 0,3 % pour la Suède et 6,3 % pour la Roumanie. Un chiffre de zone euro ne décrit donc pas la hausse des prix constatée en France.

Le taux du livret A peut-il changer avant le 1ᵉʳ février 2027 ?

Non. L’arrêté du 28 juillet 2026 fixe 1,70 % pour le livret A et le LDDS du 1ᵉʳ août 2026 au 31 janvier 2027. La révision suivante prend effet le 1ᵉʳ février 2027 et portera sur le semestre juillet-décembre 2026, qui n’est pas clos : son résultat n’est pas connu à ce jour.

Une hausse des taux de la BCE modifie-t-elle un prêt immobilier à taux fixe déjà signé ?

Un prêt à taux fixe déjà conclu n’est pas modifié par les décisions ultérieures de la banque centrale. Le taux de la facilité de dépôt, porté à 2,50 % le 16 septembre 2026, n’est pas le taux des crédits aux particuliers. En France, le taux moyen des crédits nouveaux à l’habitat hors renégociations s’établissait à 3,30 % en juillet 2026 selon la Banque de France.

Une projection de la BCE est-elle une prévision ?

C’est un scénario de référence produit par les services de la BCE, révisé chaque trimestre et accompagné de variantes. L’exercice de septembre 2026 a relevé l’inflation projetée pour 2027 de 2,3 % à 2,5 % par rapport à celui de juin, trois mois plus tôt. Un chiffre de projection se lit comme une hypothèse datée, pas comme un engagement.