La dette publique française a pris 59,6 milliards d’euros en trois mois. Fin juin 2026, elle atteint 3 595,5 milliards, soit 119,0 % du produit intérieur brut (PIB), contre 117,5 % fin mars. L’Insee a publié ces chiffres le 29 septembre 2026. Un repère les rend lisibles : un point de PIB vaut environ 30 milliards d’euros, selon un calcul arrondi sur les chiffres de l’Insee. La hausse du seul trimestre pèse donc près de 2 points, alors que le ratio n’en gagne que 1,5.
Ce 119,0 % ne se compare encore à aucun autre pays. La dernière comparaison européenne, publiée par Eurostat le 21 juillet, porte sur la fin mars. La France y a le troisième ratio de l’Union, derrière la Grèce et l’Italie. Le pourcentage dépend de deux choses : ce que les administrations empruntent, et ce que l’économie produit.
L’État porte 53 des 59,6 milliards d’euros de hausse du trimestre
La dette publique n’a pas un emprunteur unique. Elle additionne quatre sous-secteurs : l’État, les organismes divers d’administration centrale (Odac), les administrations publiques locales (Apul) et les administrations de sécurité sociale (Asso). Au deuxième trimestre 2026, presque toute la hausse vient du premier.
L’État a ajouté 53,0 milliards d’euros à sa dette, après 66,3 milliards au premier trimestre. Il l’a fait en émettant des titres sur les marchés. Ses titres négociables de long terme, les obligations, progressent de 36,9 milliards ; ses titres de court terme, de 16,5 milliards. Fin juin, l’État porte 2 942,1 milliards d’euros, soit environ 82 % de la dette publique, selon un calcul arrondi sur les chiffres de l’Insee.
La Sécurité sociale ajoute 8,4 milliards. Deux organismes font l’essentiel : l’Urssaf Caisse nationale (+4,8 milliards) et la Caisse d’amortissement de la dette sociale, ou Cades (+4,0 milliards). La Caisse nationale des allocations familiales (Cnaf), elle, se désendette de 0,9 milliard. Les administrations locales réduisent leur dette de 1,7 milliard. Les Odac, de 0,1 milliard.
| Sous-secteur | Encours fin juin 2026 | Variation sur le trimestre |
|---|---|---|
| État | 2 942,1 Md€ | +53,0 Md€ |
| Administrations de sécurité sociale (Asso) | 309,4 Md€ | +8,4 Md€ |
| Administrations publiques locales (Apul) | 274,9 Md€ | −1,7 Md€ |
| Organismes divers d’administration centrale (Odac) | 69,2 Md€ | −0,1 Md€ |
| Ensemble des administrations publiques | 3 595,5 Md€ | +59,6 Md€ |
Savoir qui emprunte dit où se joue la trajectoire. C’est le budget de l’État, bien plus que celui des collectivités ou de la Sécurité sociale, qui fait bouger l’encours.
Neuf euros sur dix sont des titres vendus aux investisseurs
La dette française est d’abord une dette de marché. Fin juin 2026, elle se répartit ainsi selon l’Insee :
- titres négociables de long terme : 2 937,3 milliards d’euros ;
- titres négociables de court terme : 291,7 milliards ;
- crédits de long terme : 303,2 milliards ;
- crédits de court terme : 20,6 milliards ;
- dépôts : 42,7 milliards.
Les titres négociables pèsent près de 90 % du total, les crédits environ 9 %, les dépôts environ 1 %. Ces parts sont des calculs arrondis sur les montants de l’Insee. Dans la zone euro, Eurostat compte 84,3 % de titres au premier trimestre 2026, pour 13,2 % de crédits et 2,5 % de monnaie et dépôts.
Cette composition a une conséquence directe. Un titre négociable est souscrit par des investisseurs. Le coût de la dette française suit donc les taux auxquels ils acceptent de prêter à l’État.
Ce coût se lit dans la charge d’intérêts : 64,7 milliards d’euros en 2025, soit 2,2 % du PIB, en hausse de 11,2 % sur un an, selon l’Insee. C’est par elle que l’encours pèse sur le budget courant. Elle augmente avec le volume de la dette, et avec le taux moyen des nouvelles émissions.
Une dette brute, consolidée et comptée à sa valeur de remboursement
Le chiffre de 3 595,5 milliards suit une définition européenne, celle de la dette « au sens de Maastricht ». Elle tient en trois termes, et chacun change ce que le total mesure.
Brute, d’abord. La trésorerie et les placements des administrations ne viennent pas en déduction. L’Insee le formule ainsi dans ses comptes de la Nation 2025 : « on ne lui soustrait pas les actifs financiers que détiennent les administrations publiques ».
Consolidée, ensuite. Les dettes entre administrations s’annulent : un prêt d’une administration à une autre ne gonfle pas le total. En valeur nominale, enfin. Une obligation compte pour le montant que l’État devra rembourser, pas pour le prix auquel elle s’échange sur le marché.
Le champ couvre les dépôts, les titres négociables et les crédits. Trois éléments en sont exclus : les produits dérivés, les intérêts courus non échus et les crédits commerciaux, c’est-à-dire les factures fournisseurs. Le chiffre n’est donc ni un passif total de l’État, ni la somme de toutes ses obligations futures. C’est un encours d’emprunts, et la mesure de référence dans l’Union européenne.
Ce chiffre trimestriel bouge d’une publication à l’autre. L’Insee précise que la dette trimestrielle n’est pas corrigée des variations saisonnières, et que ses sources peuvent être révisées pendant plusieurs trimestres. L’encours de fin 2025, 3 460,5 milliards d’euros, valait 115,6 % du PIB dans la publication de mars 2026. Il vaut 115,7 % dans celle de juin : même dette, PIB révisé. Un dixième de point d’écart entre deux diffusions n’est pas une nouvelle variation.

La dette nette a monté de 68,2 milliards, plus que la brute, parce que l’État a puisé dans sa trésorerie
La hausse de la dette brute ralentit au deuxième trimestre : 59,6 milliards d’euros, après 75,8 milliards au premier. Ce ralentissement ne se lit pas comme une baisse des besoins de financement. L’État a couvert une partie de ses dépenses en puisant 10,8 milliards dans sa trésorerie, plutôt qu’en empruntant. Il a aussi réduit de 1,2 milliard les prêts de long terme qu’il détient.
La dette nette capte ce mouvement. L’Insee la calcule en soustrayant de la dette brute les actifs que détiennent les administrations, sur le même champ d’instruments. Pour l’État, elle progresse de 65,1 milliards, contre 53,0 milliards pour sa dette brute. Pour l’ensemble des administrations, elle atteint 3 366,8 milliards d’euros, soit 111,4 % du PIB, en hausse de 68,2 milliards. Ce trimestre-là, la dette brute sous-estime l’effort de financement.
Les deux mesures coexistent. La dette brute de Maastricht reste la référence européenne ; la dette nette montre ce que les administrations doivent une fois déduits les actifs qu’elles détiennent sur les mêmes instruments.
Sur une année entière, déficit et dette ne coïncident pas non plus. En 2025, le déficit public a atteint 152,5 milliards d’euros, soit 5,1 % du PIB après 5,8 % en 2024. La dette, elle, a augmenté de 154,4 milliards. La différence s’appelle l’ajustement stock-flux. Un déficit doit être financé : la dette ne recule durablement en euros qu’avec un solde excédentaire. Un trimestre isolé peut pourtant la voir baisser, quand l’État puise dans sa trésorerie plutôt que d’emprunter.
Le ratio gagne 1,5 point en trois mois, rapporté au PIB des quatre derniers trimestres
Un pourcentage de dette n’est pas un montant. Il monte avec son numérateur, la dette empruntée. Il baisse quand son dénominateur augmente : le PIB nominal, c’est-à-dire la richesse produite mesurée en euros courants.
Ce dénominateur n’est pas le PIB d’un seul trimestre. Pour les trois premiers trimestres d’une année, l’Insee divise par le cumul des quatre derniers trimestres connus. Au quatrième, il prend le PIB annuel. Eurostat applique la même méthode. Fin juin 2026, ce PIB glissant avoisine 3 021 milliards d’euros, selon un calcul arrondi : 3 595,5 milliards divisés par 1,190. D’où le repère d’environ 30 milliards par point.
Entre fin mars et fin juin, la dette a progressé d’environ 1,7 %. Le PIB glissant n’a gagné que quelques dixièmes de pour cent. Le ratio passe ainsi de 117,5 % à 119,0 %. Soit +1,5 point, quand les 59,6 milliards empruntés valent près de 2 points de PIB : la progression du dénominateur a absorbé l’écart.
Le mécanisme joue aussi en sens inverse. Un ratio peut baisser sans aucun remboursement, si le PIB nominal croît plus vite que la dette. Un recul de ratio ne prouve donc pas, à lui seul, que la dette a baissé en euros. Celui de la Grèce atteint 9,4 points entre le premier trimestre 2025 et le premier trimestre 2026.
Les trimestres précédents restent révisables. Publiée en juin à +75,6 milliards d’euros, la hausse du premier trimestre s’établit désormais à +75,8 milliards. Depuis fin 2025, la dette a pris environ 135 milliards en six mois. Ce total est un calcul sur les chiffres de l’Insee, dont les points de départ peuvent encore bouger.
Troisième ratio de l’Union au premier trimestre, derrière la Grèce et l’Italie
Le classement européen le plus récent s’arrête à fin mars 2026. Eurostat l’a publié le 21 juillet ; celui de fin juin n’existe pas encore. Pour comparer, il faut revenir au premier trimestre, où Eurostat donne 117,6 % pour la France.
Ce 117,6 % diffère d’un dixième du 117,5 % publié par l’Insee pour le même trimestre. La série française s’écrit avec le chiffre de l’Insee ; la comparaison entre pays, avec celui d’Eurostat. L’écart ne traduit aucun mouvement de la dette.
Fin mars 2026, les cinq ratios les plus élevés de l’Union sont les suivants, selon Eurostat :
- Grèce : 143,5 % ;
- Italie : 138,9 % ;
- France : 117,6 % ;
- Belgique : 109,1 % ;
- Espagne : 101,6 %.
La France a donc le troisième ratio de l’Union. Il dépasse de près de 29 points celui de la zone euro, 88,9 % pour ses 21 pays. L’ensemble de l’Union s’établit à 82,9 %. La France fait partie des six pays au-dessus de 90 %. À l’autre bout, l’Estonie (25,2 %), le Danemark (26,8 %), la Bulgarie (28,5 %) et le Luxembourg (29,2 %) ont les ratios les plus bas.
Le niveau ne dit pas la tendance. Les pays les plus endettés ne sont pas ceux dont la dette augmente le plus vite. Entre le premier trimestre 2025 et le premier trimestre 2026, selon Eurostat :
- la Grèce réduit son ratio de 9,4 points, Chypre de 7,4, la Slovénie de 4,8 ;
- la Finlande l’augmente de 5,5 points, la Bulgarie de 4,8, la Pologne de 4,5.
La Grèce reste en tête du classement alors que son ratio recule nettement. La Bulgarie, parmi les pays les moins endettés, voit le sien progresser. Un classement de niveau et un classement de trajectoire ne désignent pas les mêmes pays.
Soixante pour cent, une valeur de référence du traité surveillée par la trajectoire de dépenses
Dépasser 60 % du PIB n’entraîne aucune sanction automatique. Ce seuil est une valeur de référence, fixée avec celle de 3 % pour le déficit depuis le traité de Maastricht. Elle figure dans un protocole annexé aux traités : le protocole n° 12 sur la procédure concernant les déficits excessifs. Il s’articule avec l’article 126 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE).
À 119,0 %, la France se situe 59 points au-dessus de cette référence. En euros, l’écart représente environ 1 780 milliards. C’est un calcul arrondi, sur la base d’environ 30 milliards par point de PIB.
La procédure pour déficit excessif ouverte contre la France repose sur le déficit, pas sur la dette. Le Conseil de l’Union européenne l’a engagée le 26 juillet 2024. La correction du déficit sous 3 % du PIB est attendue pour 2029.
Pour la dette, la surveillance passe par un autre chemin depuis la réforme de la gouvernance économique entrée en vigueur en avril 2024. Chaque État suit une trajectoire de dépenses inscrite dans un plan national. Une clause de sauvegarde y ajoute un plancher de baisse du ratio, en moyenne annuelle sur la période d’ajustement du plan :
- au moins 1 point par an tant que le ratio dépasse 90 % ;
- au moins 0,5 point par an entre 60 et 90 %.
Ces paliers sont décrits ici d’après la fiche thématique du Parlement européen et celle de Fipeco. Le texte qui fait foi est le règlement (UE) 2024/1263, sur EUR-Lex.
Prochain chiffre de l’Insee le 18 décembre, comparaison du deuxième trimestre attendue d’Eurostat
L’Insee publiera la dette de fin septembre 2026 le 18 décembre 2026 à 8 h 45, dans ses Informations rapides trimestrielles sur insee.fr. La comparaison du deuxième trimestre entre pays viendra d’Eurostat, dans sa base des statistiques trimestrielles de finances publiques. Sa date de diffusion se lit sur le calendrier d’Eurostat. Le ratio qu’Eurostat retiendra pour la France pourra différer d’un dixième de celui de l’Insee, comme au premier trimestre. C’est ce tableau qui situera le 119,0 % face aux autres pays.
Questions fréquentes
Quel est le montant de la dette publique de la France fin juin 2026 ?
Fin juin 2026, la dette publique au sens de Maastricht atteint 3 595,5 milliards d’euros, soit 119,0 % du PIB. Elle a augmenté de 59,6 milliards en trois mois. L’Insee a publié ces chiffres le 29 septembre 2026.
Que mesure la dette « au sens de Maastricht » ?
C’est une dette brute, consolidée et en valeur nominale. Les actifs financiers des administrations ne sont pas déduits, et les dettes entre administrations s’annulent. Elle comprend les dépôts, les titres négociables et les crédits, mais exclut les dérivés, les intérêts courus non échus et les crédits commerciaux.
Où se classe la France parmi les pays de l’Union européenne ?
Fin mars 2026, dernière comparaison disponible, la France a le troisième ratio de l’Union selon Eurostat : 117,6 % du PIB. Elle se place derrière la Grèce (143,5 %) et l’Italie (138,9 %). La moyenne de la zone euro est de 88,9 %.
Pourquoi la dette nette a-t-elle augmenté plus que la dette brute ?
Au deuxième trimestre 2026, l’État a couvert une partie de ses besoins en puisant 10,8 milliards d’euros dans sa trésorerie, plutôt qu’en empruntant. La dette brute ne voit pas ce mouvement, la dette nette si. Celle-ci progresse de 68,2 milliards, contre 59,6 milliards pour la dette brute.
Que se passe-t-il quand la dette dépasse 60 % du PIB ?
Aucune sanction automatique. Le seuil de 60 % est une valeur de référence du protocole n° 12 annexé aux traités. Depuis avril 2024, la dette est surveillée par la trajectoire de dépenses de chaque État et par une clause de sauvegarde. La procédure ouverte contre la France en juillet 2024 porte sur le déficit.