Les réserves pétrolières de la France se paient au litre, et la somme est petite. Depuis le 1ᵉʳ juillet 2026, la douane prélève 1,02 euro par hectolitre de gazole routier et 0,92 euro par hectolitre d’essence pour le compte du Comité professionnel des stocks stratégiques pétroliers (CPSSP). Cela fait environ un centime par litre. Ce sont les opérateurs pétroliers qui l’acquittent.

Ce centime finance le comité qui fait porter l’essentiel d’une obligation précise. Chaque distributeur doit garder en stock 29,5 % de ses ventes de l’année précédente, soit un peu plus de trois mois de consommation. Le stock est porté et financé par les opérateurs et par une société privée qu’ils ont créée. L’État, lui, fixe la règle et décide quand mettre ces réserves sur le marché. En mars 2026, pendant la crise d’Ormuz, la France s’est engagée à en céder au plus 14,5 millions de barils, tout en indiquant ne pas rencontrer de problème d’approvisionnement.

Le plancher vient de Bruxelles et de l’AIE : 90 jours d’importations ou 61 jours de consommation

La France ne choisit pas seule la taille de ses réserves. Deux engagements fixent un minimum, et ils ne se mesurent pas dans la même unité.

Le premier est européen. La directive 2009/119/CE du 14 septembre 2009 impose à chaque État membre de détenir en permanence la plus grande de deux quantités : 90 jours d’importations journalières moyennes nettes, ou 61 jours de consommation intérieure journalière moyenne. Cette formulation est celle que restitue l’analyse juridique publiée par le cabinet CMS Francis Lefebvre le 23 mars 2026 ; le texte lui-même n’a pas pu être relu sur EUR-Lex. La directive a pris la suite de trois textes : une directive de 1968, qui exigeait 65 jours, une directive de 1972, qui portait le seuil à 90 jours, puis la directive 2006/67/CE.

Le second engagement vient de l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Ses membres doivent détenir des stocks équivalant à au moins 90 jours d’importations nettes.

L’obligation française est plus ancienne que ces deux textes. Une loi de 1928 imposait déjà trois mois de stocks permanents, rappelle la SAGESS, la société qui gère aujourd’hui l’essentiel des réserves.

Les deux unités ne comptent pas la même chose. Des jours d’importations nettes rapportent le stock à ce que le pays achète à l’étranger. Des jours de consommation le rapportent à ce qu’il utilise. La France important la quasi-totalité de son pétrole, les deux mesures restent proches, sans être identiques. Un chiffre en jours d’importations et un chiffre en jours de consommation peuvent donc être justes tous les deux et différer sans se contredire.

Chaque distributeur doit détenir 29,5 % de ses ventes de l’année précédente, soit environ 108 jours

L’obligation ne pèse pas sur l’État. Elle pèse sur chaque opérateur qui met des produits pétroliers à la consommation en France. Le code de l’énergie l’organise dans ses articles L. 642-1 à L. 642-10 :

  • article L. 642-2 — l’obligation de détention, à la charge des opérateurs qui mettent les produits à la consommation ;
  • article L. 642-3 — la liste des produits concernés ;
  • article L. 642-4 — la quantité, fixée à 29,5 % des mises à la consommation de l’année précédente ;
  • articles L. 642-5 et L. 642-6 — la mission de service public confiée au CPSSP ;
  • articles L. 642-7 et L. 642-8 — la manière de s’acquitter de l’obligation, selon que l’opérateur est entrepositaire agréé ou non.

Ce découpage est celui que donnent l’analyse de CMS Francis Lefebvre et, pour plusieurs de ces articles, la circulaire de la douane du 29 juin 2026. Le texte consolidé n’a pas été relu sur Légifrance.

Le pourcentage cache une durée. 29,5 % d’une année de ventes, c’est 0,295 × 365, soit environ 108 jours. Chaque distributeur garde donc l’équivalent d’un peu plus de trois mois de ce qu’il a vendu l’année précédente. C’est nettement au-dessus des 61 jours de consommation du plancher européen. L’autre branche de ce plancher, 90 jours d’importations nettes, se compte dans une autre unité et ne se compare pas directement aux 108 jours.

Les chiffres publiés sur le stock réel parlent d’autres unités. Public Sénat chiffrait la réserve à 118 jours d’importations nettes le 9 mars 2026, pour un minimum de 90. Sud Radio évoquait, le 12 mars, 120 millions de barils, soit plus de trois mois d’importations. Les 108 jours sont ce que la règle exige, mesuré en ventes. Les 118 jours sont ce que la France détenait en mars, mesuré en importations.

Ce partage des rôles répond à la question de savoir qui paie. L’État écrit la règle et décide du déblocage. Les opérateurs portent le stock et le financent, chacun à proportion de ce qu’il a vendu.

Sans statut d’entrepositaire agréé, le distributeur s’acquitte de toute son obligation en payant le CPSSP

Un petit distributeur n’a pas besoin de cuves pour trois mois de ventes. Tout dépend de son statut douanier, selon l’analyse de CMS Francis Lefebvre. S’il n’est pas entrepositaire agréé, il s’acquitte de la totalité de son obligation en versant la rémunération du CPSSP (article L. 642-8). L’entrepositaire agréé combine deux voies (article L. 642-7). Il détient une partie du stock, lui-même ou par un autre entrepositaire agréé, et verse directement au comité une rémunération pour le reste.

Le comité ne stocke pas lui-même. Il s’appuie sur la Société anonyme de gestion de stocks de sécurité (SAGESS), qui travaille exclusivement pour lui. La SAGESS n’est pas un organisme public. C’est une société privée, dont les actionnaires sont des opérateurs pétroliers, créée en 1988 à leur initiative. Elle achète les produits, les stocke, finance ces achats et les met à disposition en cas de crise, à la demande de l’État.

La mutualisation pèse lourd dans le total. La SAGESS gère environ les trois quarts du stock stratégique français, selon Public Sénat. Les opérateurs en détiennent directement environ un quart.

Le mécanisme revient à mettre en commun une immobilisation. Au lieu que chaque distributeur garde sa propre réserve, le comité la fait porter par une structure unique. Le comité est financé par la rémunération que lui versent les opérateurs. Pour ceux qui ne sont pas entrepositaires agréés, la douane la perçoit sur chaque hectolitre mis à la consommation. Le principe d’une obligation de stockage dont le coût est réparti existe aussi pour le gaz, comme le montrent les stocks de gaz pour l’hiver.

Le prélèvement douanier ne touche donc pas tous les opérateurs. La circulaire de la douane du 29 juin 2026 précise qu’il n’est pas perçu sur les opérations des entrepositaires agréés, qui paient le comité directement. Pour un distributeur sans ce statut, il vaut acquittement de toute son obligation de stockage.

La douane prélève 1,02 euro par hectolitre de gazole depuis le 1ᵉʳ juillet 2026

Le financement du comité se lit au litre : 1,02 centime par litre de gazole routier, 0,92 centime par litre d’essence. Un plein de 50 litres de gazole correspond à environ 51 centimes de rémunération CPSSP. Cette somme ne forme pas une ligne de votre ticket. Elle est due par les opérateurs, en amont.

La base légale est l’article L. 642-6 du code de l’énergie. La direction générale des douanes et droits indirects (DGDDI) perçoit cette rémunération pour le compte du CPSSP. Elle est due par les opérateurs qui mettent les produits à la consommation sans avoir le statut d’entrepositaire agréé. Ses tarifs figurent en colonne 9 du tableau de la circulaire du 29 juin 2026 sur les droits et taxes applicables aux produits énergétiques.

Cette circulaire a changé les montants au 1ᵉʳ juillet 2026. Elle remplace la décision administrative n° 26-030 du 27 février 2026, dont les tarifs valaient du 1ᵉʳ mars au 30 juin.

Rémunération CPSSP par produit, avant et après le 1ᵉʳ juillet 2026
ProduitDu 1ᵉʳ mars au 30 juin 2026Depuis le 1ᵉʳ juillet 2026Soit, par litre
Gazole routier1,00 €/hl1,02 €/hl1,02 centime
Supercarburant (SP95, SP95-E10, SP98)0,90 €/hl0,92 €/hl0,92 centime
Carburéacteur1,11 €/hl1,01 €/hl1,01 centime

La hausse de juillet est minuscule. Sur le gazole comme sur l’essence, elle atteint 2 centimes par hectolitre, soit 0,02 centime par litre. Elle n’explique en rien les variations visibles à la pompe. Le carburéacteur suit le chemin inverse : son tarif baisse de 10 centimes par hectolitre. Les mouvements de prix se lisent ailleurs : dans la composition du prix des carburants en Europe, et dans le poids de l’énergie dans l’inflation de septembre 2026.

À côté de l’accise, la rémunération reste marginale. L’annexe de la même circulaire du 29 juin 2026 fixe l’accise sur les énergies du SP95-E5 et du SP98 à 69,02 euros par hectolitre, dans toutes les régions de métropole sauf la Corse (67,29 euros). Rapportés l’un à l’autre, les deux montants sont dans un rapport d’environ 75 : 0,92 euro pour la sécurité d’approvisionnement, 69,02 euros pour l’accise. Le gazole routier donne un ordre de grandeur voisin. Selon la même annexe de la circulaire, son accise est de 60,75 euros par hectolitre hors Corse, contre 1,02 euro de rémunération, soit un rapport d’environ 60.

La rémunération entre dans l’assiette de la TVA pétrolière, avec l’accise et les droits de douane, en vertu de l’article 298 du code général des impôts. Elle s’ajoute donc à la valeur du produit, au même titre que l’accise. C’est un coût de la chaîne d’approvisionnement. Sa répercussion intégrale dans le prix final reste une inférence : les documents consultés établissent qui la paie, pas ce qui en arrive à la pompe.

réservoirs de stockage pour produits pétroliers

120 millions de barils, dont 30 à 40 % dans les cavités salines de Manosque

Le stock existe physiquement, et il est dispersé. La SAGESS, qui en gère les trois quarts, dispose à elle seule de 81 sites, selon Public Sénat : des dépôts commerciaux pour l’essentiel, et quelques raffineries. Les cavités salines de Manosque, exploitées par Géosel, abritent à elles seules entre 30 et 40 % du stock.

Deux mesures du volume circulent, et elles ne se convertissent pas l’une en l’autre. Sud Radio parle de 120 millions de barils de pétrole et de produits pétroliers. Public Sénat parle d’environ 16 millions de tonnes d’hydrocarbures. L’une est un volume, l’autre une masse. Leurs périmètres peuvent aussi différer, selon qu’ils comptent ou non les stocks des opérateurs à côté de ceux de la SAGESS. Chaque chiffre se lit avec sa source et son unité.

L’essentiel du stock est fait de produits finis. Selon Public Sénat, il se répartit ainsi :

  • gazole : 49,8 % ;
  • essence : 9,1 % ;
  • carburéacteur : 7,8 % ;
  • fioul domestique : 2,7 % ;
  • pétrole brut : le reste, dont la part exacte n’est pas précisée dans la source consultée.

Ces parts proviennent d’une seule source. Elles dessinent pourtant l’ordre de grandeur : près de la moitié de la réserve est du gazole, et les produits finis en forment plus des deux tiers.

Le déblocage passe par l’État et l’AIE : 14,5 millions de barils au plus en mars 2026

Un stock payé par les opérateurs ne sort pas sur leur seule décision. La SAGESS ne cède des produits que sur ordre du ministre ou à la demande du CPSSP. Elle les vend à un prix au moins égal à son prix moyen pondéré d’acquisition, autrement dit au moins à ce qu’ils lui ont coûté en moyenne.

Le déblocage prend trois formes, selon CMS Francis Lefebvre et Public Sénat :

  • une vente de produits à des opérateurs agréés ;
  • un prêt de produits à ces mêmes opérateurs ;
  • une autorisation temporaire donnée aux opérateurs de descendre sous leur obligation.

L’administration de l’énergie l’autorise dans trois situations : une décision coordonnée de l’AIE, une rupture d’approvisionnement ou une crise logistique.

Aucune de ces voies ne crée de pétrole. Elles remettent sur le marché des volumes déjà achetés et déjà payés, ou laissent les distributeurs puiser dans leur propre réserve. Le déblocage protège l’approvisionnement plus qu’il ne fait baisser le prix, d’autant que la SAGESS ne vend pas sous son coût moyen d’achat.

Mars 2026 en donne l’illustration. Le 11 mars, les 32 pays membres de l’AIE ont décidé à l’unanimité de mettre progressivement sur le marché 400 millions de barils puisés dans leurs réserves. Ils répondaient au conflit au Moyen-Orient et au blocage du détroit d’Ormuz, dont les effets sont détaillés dans l’article sur la crise d’Ormuz et le surcoût de l’énergie dans l’UE. C’est le plus important tirage de l’histoire de l’agence, plus du double des 182 millions de barils de 2022.

Le même jour, le Brent a continué de monter, à 91,86 dollars le baril, en hausse de 4,6 %. Le directeur de l’AIE soulignait que le rétablissement du transit par Ormuz restait l’élément déterminant. Les tirages de réserves n’étaient, à ses yeux, qu’une réponse de court terme. Le statut juridique du passage relève d’un autre registre, celui du détroit d’Ormuz et du droit de la mer.

La France a annoncé une contribution de 14,5 millions de barils au plus. Emmanuel Macron a fixé la nature de cet engagement : « C’est un maximum. On va le faire par étapes, en fonction des évolutions du marché. » Il indiquait aussi que la France ne rencontrait pas, à ce stade, de problème d’approvisionnement. Le chiffre est un plafond, pas un volume tiré. Aucun bilan public consulté ne dit combien de barils ont réellement été mis sur le marché depuis.

À l’échelle du stock, ce plafond reste modeste. 14,5 millions de barils représentent environ 12 % des 120 millions détenus, et environ 3,6 % du tirage total de l’AIE. Au rythme implicite de la règle des 29,5 %, cela correspond à 13 ou 14 jours de couverture.

La contribution française suit le poids de ses réserves. Elle se situe loin derrière celle du Japon (80 millions de barils), sous celle de l’Allemagne (19,5 millions) et au niveau de celle du Royaume-Uni (13,5 millions).

Ce n’est pas le premier déblocage français. En 2016, l’État a libéré l’équivalent de trois jours de réserve. En 2022, après l’invasion de l’Ukraine, la France a mis sur le marché un peu moins de 8 millions de barils, selon Public Sénat.

Après les tirages, plus de 1,2 milliard de barils de stocks publics dans l’AIE en août 2026

Les tirages de 2026 ont laissé des traces. En août, les membres de l’AIE détenaient encore plus de 1,2 milliard de barils de stocks publics et environ 600 millions de barils de stocks industriels obligatoires, selon la RTBF. La réserve stratégique américaine était passée de 414 à 311 millions de barils.

Pour la France, trois données manquent dans les documents consultés : le volume réellement tiré depuis mars, le calendrier de reconstitution et son coût. Le tarif de la rémunération, lui, se vérifie : il figure en colonne 9 du tableau de la circulaire de la douane du 29 juin 2026 sur les droits et taxes applicables aux produits énergétiques, publiée sur douane.gouv.fr.

Questions fréquentes

Combien coûtent, par litre, les stocks stratégiques de pétrole ?

Depuis le 1ᵉʳ juillet 2026, la rémunération du CPSSP est de 1,02 euro par hectolitre de gazole routier et de 0,92 euro par hectolitre d’essence, soit environ un centime par litre. Un plein de 50 litres de gazole correspond à environ 51 centimes. Cette somme est due par les opérateurs pétroliers et ne figure pas en ligne sur le ticket ; sa répercussion intégrale dans le prix final n’est pas établie.

Combien de jours couvrent les stocks pétroliers français ?

La règle française impose à chaque distributeur 29,5 % de ses ventes de l’année précédente, soit environ 108 jours. En mars 2026, la réserve représentait 118 jours d’importations nettes selon Public Sénat. Le plancher européen est de 90 jours d’importations nettes ou de 61 jours de consommation, la plus grande des deux quantités.

À qui appartiennent les stocks stratégiques de pétrole ?

Pas à l’État. Environ les trois quarts sont gérés par la SAGESS, une société privée dont les actionnaires sont des opérateurs pétroliers. Le quart restant est détenu directement par les opérateurs. L’État fixe l’obligation et décide du déblocage.

Qui décide de débloquer les réserves pétrolières ?

La SAGESS ne cède des produits que sur ordre du ministre ou à la demande du CPSSP. L’administration de l’énergie autorise le déblocage après une décision coordonnée de l’AIE, une rupture d’approvisionnement ou une crise logistique.

Le tirage de 2026 fait-il baisser le prix à la pompe ?

Aucune source consultée n’établit d’effet chiffré sur le prix à la pompe. Un déblocage protège l’approvisionnement : le jour de l’annonce de l’AIE, le 11 mars 2026, le Brent a continué de monter. La France s’est engagée sur 14,5 millions de barils au plus, et aucun bilan public consulté ne donne le volume réellement tiré.