Un cancer de la peau dû au soleil d’un chantier ou d’une vigne n’est pas encore présumé professionnel. Il pourrait le devenir. L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) juge avéré, au vu des études, le lien entre l’exposition professionnelle aux rayons ultraviolets (UV) et trois cancers cutanés : le carcinome basocellulaire, le carcinome épidermoïde et le mélanome. Elle recommande de créer un tableau de maladie professionnelle, dans le régime général comme dans le régime agricole. Pour le mélanome de l’œil chez les soudeurs, elle propose un tableau distinct.
Aucun droit nouveau n’en découle aujourd’hui. L’avis a été signé le 3 avril 2026 et rendu public le 15 octobre 2026 : aucune de ces deux dates ne produit d’effet juridique. La décision appartient à l’État, après consultation des partenaires sociaux, et aucun calendrier n’est annoncé. D’ici là, un malade peut toujours déclarer son cancer à sa caisse, la caisse primaire d’assurance maladie (CPAM) ou la Mutualité sociale agricole (MSA). La voie existe, elle est étroite.
Un tableau dispenserait de prouver le lien et d’atteindre 25 % d’incapacité
Un tableau change la charge de la preuve. Une maladie inscrite à un tableau est présumée d’origine professionnelle dès que le malade en remplit toutes les conditions : il n’a plus à démontrer que son travail a causé sa maladie. Si une condition manque, la caisse peut encore reconnaître la maladie lorsqu’elle est directement causée par le travail habituel. Hors tableau, aucune présomption ne joue.
Pour les cancers cutanés liés aux UV, ce tableau n’existe pas. Les tableaux en vigueur couvrent des cancers de la peau d’autres origines :
- au régime général, le tableau 16 bis (goudrons, suies), le tableau 20 (arsenic) et le tableau 36 bis (dérivés du pétrole) ;
- au régime agricole, les tableaux 35 bis, 10 et 25 bis.
Reste la voie complémentaire prévue par l’article L. 461-1 du code de la sécurité sociale. Le dossier passe devant un comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles (CRRMP). Deux conditions s’imposent : un lien direct et essentiel avec le travail habituel, et une incapacité permanente prévisible d’au moins 25 %, ou un décès.
Le seuil ferme la porte avant la preuve. Selon l’Anses, les séquelles d’un carcinome basocellulaire ou épidermoïde correspondent souvent à un taux d’incapacité inférieur à 25 %. Or ce sont les cancers de la peau les plus fréquents : environ 70 cas pour 100 000 personnes-années pour le basocellulaire en France. Beaucoup de ces cancers n’atteignent donc pas le seuil qui permettrait au comité d’examiner le lien. Un tableau supprimerait cette condition pour les maladies qu’il désigne.
Les chiffres de l’avis mesurent cet effet. Entre 2013 et 2024, 137 demandes pour cancers cutanés ont été examinées en CRRMP, soit une dizaine par an pour toute la France et moins de 0,5 % des demandes annuelles. 52 ont été reconnues, soit 38 %, que l’avis arrondit à 40 %. Ces 137 dossiers englobent tous les agents causaux, goudrons et arsenic compris : la part due aux UV y est plus faible encore. L’Allemagne a enregistré 7 267 déclarations en 2018, et 4 255 reconnaissances (58 %). L’écart mesure la sous-déclaration, pas la rareté de la maladie.
L’enjeu est concret : une reconnaissance fait basculer le malade dans l’indemnisation des risques professionnels, dont les indemnités journalières en accident du travail et maladie professionnelle.
Trois cancers désignés, mélanome compris, kératoses actiniques exclues
Le futur tableau couvrirait les trois cancers de la peau les plus courants. La première colonne d’un tableau, sa désignation, nomme les maladies couvertes. L’Anses recommande d’y inscrire :
- les carcinomes basocellulaires cutanés (CBC) ;
- les carcinomes épidermoïdes cutanés (CEC), aussi appelés carcinomes spinocellulaires ;
- les mélanomes cutanés.
Pour les deux carcinomes, le dossier scientifique était déjà solide. Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) classe les UV cancérogènes certains pour l’homme (groupe 1) dans sa monographie 100D, publiée en 2012. Le rapport conjoint de l’Organisation mondiale de la santé et de l’Organisation internationale du travail (OMS-OIT) a conclu en 2021 à des preuves suffisantes pour l’exposition professionnelle au soleil. Sa méta-analyse de 20 études cas-témoins estime le risque relatif de carcinome cutané à 1,60 chez les travailleurs exposés (intervalle de confiance à 95 % : 1,21 à 2,11). Le risque y est supérieur d’environ 60 % à celui des non-exposés.
Le mélanome a demandé une analyse plus longue. Le même rapport OMS-OIT ne trouvait que des preuves limitées pour l’exposition professionnelle. Les études disponibles posent trois difficultés :
- elles mélangent les sous-types de mélanome ;
- elles mesurent l’exposition par questionnaire ;
- les personnes les plus sensibles au soleil pourraient éviter les métiers en extérieur, un possible biais de sélection que l’avis évoque sans l’établir.
Le groupe de travail de l’Anses a repris 12 études épidémiologiques originales, sous-type par sous-type, et 25 études mécanistiques. Le mélanome de Dubreuilh, ou lentigo malin, est le plus régulièrement associé à l’exposition chronique. Aucun sous-type n’a pu être écarté. D’où la conclusion d’un lien avéré, et l’entrée du mélanome dans la désignation proposée. Les listes européennes, elles, l’incluent rarement.
Ces cancers sont fréquents, et leur incidence augmente pour les trois. L’avis donne, pour la France, les taux standardisés suivants, en cas pour 100 000 personnes-années :
- carcinome basocellulaire : environ 70 cas, âge médian au diagnostic de 60 ans ;
- carcinome épidermoïde : 20 cas chez les hommes, 5 à 10 chez les femmes, âge médian de 74,4 ans chez l’homme et de 77 ans chez la femme ;
- mélanome cutané : 19,5 cas chez les hommes, 18,3 chez les femmes, âge médian de 68 ans chez l’homme et de 62 ans chez la femme.
Pour le carcinome épidermoïde, la moitié des diagnostics masculins tombe donc après 74 ans, souvent bien après la fin de la carrière.
Le lien avéré vaut au niveau des études. Il ne signifie pas que tout cancer de la peau d’un travailleur en extérieur soit d’origine professionnelle, ni que les UV causent tous les mélanomes. Le tableau ne trancherait pas ce point cas par cas. Il poserait une présomption pour ceux qui en remplissent les conditions.
Les lésions précancéreuses restent hors du périmètre. Les kératoses actiniques ne figureraient pas dans le tableau, en raison de leur faible taux de transformation en tumeur maligne. Les listes allemande, belge, danoise et suisse les couvrent pourtant, selon le relevé européen repris par le rapport de l’Anses. Un salarié porteur de kératoses ne serait donc pas couvert par le tableau français proposé. Ces lésions restent pourtant, dans les études, un marqueur d’exposition chronique.
Le soleil comme les lampes, les lasers et l’arc de soudage
Le tableau proposé ne distingue pas le soleil des sources artificielles : les trois cancers de la peau seraient couverts quelle que soit l’origine des UV. Chaque source aurait sa propre liste de travaux, indicative dans les deux cas.
L’exposition solaire déborde le coup de soleil. Elle combine trois composantes :
- les UV directs ;
- les UV diffus, présents même par temps couvert ;
- les UV réfléchis par la neige, l’eau, le sable, le béton ou les surfaces métalliques.
L’Anses signale une surexposition en altitude et sur les surfaces réfléchissantes. Elle note aussi que le vent ou le froid peuvent masquer l’exposition réelle. Une journée froide ou ventée n’est pas une journée sans UV.
Pour les UV artificiels, l’avis renvoie à une liste non exhaustive de travaux :
- soudage, gravage et coupage à l’arc électrique ou au laser ;
- désinfection et stérilisation ;
- polymérisation UV, pour le collage ou le séchage de résines ;
- photothérapie ;
- activités criminalistiques et détection de faux documents ;
- contrôle non destructif ;
- fonderie ;
- lampes UV en agriculture, pour les cultures ou le couvage.
Environ 150 000 salariés seraient exposés aux UV artificiels, selon l’Anses, d’après l’enquête Sumer de la Dares, le service statistique du ministère du Travail. Le chiffre figure sur la page d’actualité de l’agence, sans année d’enquête précisée.
Le soudage occupe une double place. Ses UV comptent parmi les sources artificielles pour les trois cancers de la peau. Il ouvrirait aussi, seul, un tableau distinct pour le mélanome de l’œil.
Le travail habituel de jour en extérieur compte plus que l’intitulé du poste
Votre intitulé de poste ne déciderait pas de votre entrée dans le tableau. C’est la nature de votre travail qui compterait. L’Anses propose de formuler ainsi la liste des travaux exposant aux UV naturels : « Tous travaux exercés habituellement de jour et en extérieur, de façon continue ou non ». Chaque mot trace une limite : un travail habituel, en journée, à l’extérieur, même par intermittence.
Cette liste serait indicative. Une liste indicative donne des exemples sans fermer la porte à d’autres travaux comparables ; une liste limitative exige que le travail y figure. Les exemples de travaux discontinus cités par l’avis le montrent : vendanges, entretien des pistes de ski, surveillance des enfants en récréation, service en terrasse. Le vendangeur saisonnier ou le serveur en terrasse entreraient par la nature de leur travail.
L’annexe 1 de l’avis illustre la formule par environ quatre-vingt-dix professions, sans prétendre à l’exhaustivité. On y trouve notamment :
- agriculture et mer : agriculteurs, vignerons, saisonniers agricoles, jardiniers, marins-pêcheurs ;
- bâtiment et réseaux : couvreurs, maçons, ouvriers des routes, techniciens éoliens ;
- livraison et commerce : facteurs, chauffeurs livreurs, serveurs, vendeurs de marché ;
- sécurité et enseignement : pompiers, gardiens de prison, professeurs d’éducation physique et sportive (EPS), instituteurs de maternelle ;
- métiers de la montagne.
Cette annexe ne ferme rien. Un métier absent pourrait entrer par la formule. À l’inverse, y figurer ne vaudrait pas reconnaissance : il faudrait encore être atteint d’un des cancers désignés et remplir les autres conditions du tableau.
Le choix d’une formule plutôt que d’une liste de métiers a une raison. L’Anses juge impossible de classer les travaux exposant au soleil par niveau d’exposition. Tout varie : l’environnement, l’organisation du travail, le comportement, les mesures de protection. Un pisteur, un couvreur sur un toit métallique ou un marin peuvent être plus exposés qu’un agriculteur sans figurer en tête d’aucune liste.
La formule répond aussi à un angle mort. L’avis relève plusieurs causes de sous-déclaration :
- soignants et malades lisent le cancer de la peau comme une affaire d’environnement et de loisirs, pas de travail ;
- les protections individuelles sont peu portées ;
- l’accès aux dermatologues est difficile ;
- certains métiers sont peu investigués, comme pompier, policier ou militaire ;
- les personnes à peau foncée sont moins ciblées ;
- les démarches sont lourdes.
L’Anses recommande donc de ne pas cibler seulement les professions reconnues comme les plus exposées.
La population potentiellement visée est large. La page d’actualité de l’Anses évoque environ 3,5 millions de salariés travaillant en extérieur, d’après l’enquête Sumer. L’Institut national de recherche et de sécurité (INRS) en compte 3 558 100 dans l’édition 2017 de cette enquête, au titre du travail à l’extérieur exposé aux intempéries. En Europe, environ 21 % des travailleurs avaient été exposés au soleil au cours de la semaine de travail précédant l’enquête de l’Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail (EU-OSHA). C’est l’exposition la plus courante parmi 24 facteurs de risque de cancer.
Ces chiffres comptent des personnes exposées, pas des bénéficiaires. Être exposé n’ouvre aucun droit. Seule une personne atteinte d’un cancer désigné, et remplissant les autres conditions, bénéficierait de la présomption.
Aucune durée minimale d’exposition, et un délai de prise en charge laissé à l’État
Deux paramètres décident souvent d’un dossier : le délai de prise en charge et la durée minimale d’exposition. L’avis ne fixe ni l’un ni l’autre, et l’État pourra trancher autrement qu’il le suggère.
Le délai de prise en charge se compte de la fin de l’exposition jusqu’au constat médical de la maladie. Plus il est long, plus il couvre des diagnostics tardifs. L’Anses écrit que les données ne permettent pas de le fixer précisément. Elle rappelle deux repères :
- son expertise de 2024 sur la mise à jour des tableaux recommande au moins 50 ans pour les cancers solides ;
- les tableaux existants pour les cancers cutanés retiennent 20 ans (régime général, tableau 16 bis), 30 ans (régime général 36 bis, régime agricole 35 bis et 25 bis) ou 40 ans (régime général 20, régime agricole 10).
Elle recommande d’harmoniser ces délais. Les 50 ans ne sont donc pas une condition proposée pour ce tableau, mais une référence générale. La valeur retenue sera une décision réglementaire.
L’enjeu touche d’abord les retraités. Un carcinome épidermoïde est diagnostiqué en médiane à 74 ans chez l’homme. Un délai long couvrirait un ancien travailleur en extérieur diagnostiqué des décennies après avoir quitté son poste. Un délai court laisserait une partie de ces diagnostics hors présomption.
Sur la durée minimale d’exposition, l’Anses ne recommande aucun plancher. Les relations dose-réponse sont insuffisantes pour écarter un risque en dessous d’un seuil. Les tableaux cutanés existants exigent 10 ans d’exposition (16 bis, 36 bis, 35 bis et 25 bis).
C’est l’écart le plus net avec les pays voisins. L’Allemagne exige une exposition supérieure d’au moins 40 % à celle d’un travailleur en intérieur, généralement pendant plus de 15 ans. La Belgique fixe un seuil de 20 000 heures, soit environ 25 ans à 8 heures par jour de mai à septembre. La proposition française n’en fixe aucun. C’est une recommandation : l’État peut ne pas la suivre.
Les soudeurs relèveraient d’un tableau à part pour le mélanome de l’œil
Pour un soudeur, deux tableaux pourraient jouer. Ses cancers de la peau relèveraient du tableau UV, au titre des sources artificielles et d’une liste indicative. Le mélanome de l’œil relèverait d’un tableau distinct.
L’Anses conclut là aussi à un lien avéré, entre les UV émis par le soudage et le mélanome oculaire. Elle s’appuie sur la monographie 118 du CIRC, publiée en 2018. Une méta-analyse de 5 études, portant sur 1 137 cas, estime le risque relatif à 2,05 (intervalle de confiance à 95 % : 1,20 à 3,51). Le risque y est environ doublé.
La désignation proposée vise les mélanomes oculaires. La liste des travaux serait limitative, réduite aux travaux exposant aux UV issus du soudage. Seul le soudage ouvrirait donc la présomption : un autre travail exposé aux UV n’entrerait pas dans ce tableau-là. Les constats sur les délais sont les mêmes que pour la peau. Le délai n’est pas fixable selon l’Anses, qui rappelle le même repère général de 50 ans sans en faire une condition, et aucune durée minimale n’est recommandée.
Le mélanome uvéal reste une tumeur rare. L’avis compte environ 450 cas localisés par an en France, avec un âge moyen au diagnostic de 60 ans.
D’ici la décision, la voie du comité régional reste ouverte et le document unique sert de trace
La demande venait de l’État lui-même. La Direction générale du travail, la Direction de la sécurité sociale et le secrétariat général du ministère de l’Agriculture ont saisi l’Anses le 5 août 2024. Le groupe de travail s’est réuni du 30 janvier au 16 décembre 2025. Le Haut Conseil de la santé publique (HCSP) avait déjà recommandé, en 2020, de reconsidérer la reconnaissance de l’exposition professionnelle aux UV comme cause de cancers de la peau indemnisables.
La suite dépend toujours de l’État. Il doit consulter deux instances où siègent les partenaires sociaux :
- la commission spécialisée n° 4 (CS4) du Conseil d’orientation des conditions de travail (COCT) ;
- la Commission supérieure des maladies professionnelles en agriculture (COSMAP).
Il décidera ensuite de créer ou non le tableau. L’Anses présente le lien avéré comme un argument fort, et aucun calendrier n’est annoncé. L’avis vise le régime général et le régime agricole, sans détailler la situation des autres régimes.
En attendant, la voie du CRRMP reste ouverte, et l’avis cherche à l’élargir. Il recommande aux comités de « ne pas rejeter systématiquement la reconnaissance des dossiers […] au seul motif que l’exposition n’est pas spécifique de l’environnement professionnel ». La formule vise le motif de refus le plus courant : le soleil n’est pas propre au travail. Deux limites demeurent. Le seuil de 25 % d’incapacité reste exigé, et une recommandation de l’Anses ne lie pas les comités.
La déclaration se fait auprès de la caisse, CPAM ou MSA. Entre 2013 et 2024, 52 dossiers de cancers cutanés, toutes causes confondues, ont été reconnus par cette voie ; 4 des 137 dossiers déposés relevaient d’un réexamen demandé par un tribunal judiciaire. Pour une situation individuelle, les interlocuteurs sont le médecin traitant, le médecin du travail et la caisse, qui conduit l’instruction et les examens en maladie professionnelle.
L’exposition doit être établie par l’assuré, en pratique au moyen de l’enquête de la caisse. Des décennies après les faits, une trace écrite pèse. Le document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP) peut jouer ce rôle :
- tout employeur doit le tenir dès le premier salarié (articles L. 4121-1 à L. 4121-5 et R. 4121-1 à R. 4121-4 du code du travail) ;
- il est mis à jour notamment lors d’une information nouvelle sur un risque, et chaque année à partir de 11 salariés ;
- ses versions successives sont conservées 40 ans et restent accessibles aux salariés.
L’avis ne crée pas d’obligation nouvelle pour l’employeur : l’évaluation des risques existe déjà. Il recommande d’y nommer le soleil comme un risque professionnel à part entière. Ses autres recommandations portent sur la prévention et le suivi :
- adapter les postes et les horaires ;
- privilégier les protections collectives et organisationnelles, comme le report d’activités ou la rotation, avant les protections individuelles ;
- pratiquer un examen cutané systématique lors des visites de santé au travail et de la visite de fin de carrière ;
- assurer la traçabilité des expositions ;
- maintenir une voie papier pour déclarer.
Le soleil rejoindrait ainsi, dans l’évaluation des risques, les autres cancérogènes au travail et valeurs limites d’exposition.
Le périmètre proposé couvre plus de cancers que les listes allemande et belge, sans seuil d’exposition
Comparé aux listes voisines, le périmètre recommandé est large sur les maladies et sans plancher d’exposition. Il laisse en revanche de côté les lésions précancéreuses. Le rapport de l’Anses reprend un relevé d’EUROGIP ; la Suisse dispose aussi d’une liste, depuis 1984.
| Critère | Anses (recommandation) | Allemagne | Belgique | Danemark |
|---|---|---|---|---|
| Liste en vigueur | Aucune, décision de l’État attendue | Depuis 2015 | Depuis 2024 | Depuis 2005 |
| Cancers | Carcinome basocellulaire, carcinome épidermoïde, mélanome cutané | Carcinome épidermoïde, maladie de Bowen | Carcinome épidermoïde | Inclut carcinome basocellulaire et mélanome |
| Kératoses actiniques | Exclues | Incluses, au moins 5 | Incluses si multiples | Incluses |
| Source des UV | Naturels et artificiels | Naturels | Non précisé dans le relevé | Non précisé dans le relevé |
| Exposition minimale | Aucune | Au moins 40 % de plus qu’un travailleur en intérieur, généralement plus de 15 ans | 20 000 heures | Non précisé dans le relevé |
| Travaux | Liste indicative : travaux habituels de jour en extérieur, et liste d’UV artificiels | Non précisé dans le relevé | Liste fermée de métiers | Non précisé dans le relevé |
Ces paramètres restent ceux d’une recommandation. Pour un cancer diagnostiqué aujourd’hui, c’est la voie du comité régional qui s’applique : la déclaration auprès de la CPAM ou de la MSA n’attend pas la création du tableau.
Questions fréquentes
Un cancer de la peau lié au soleil peut-il déjà être reconnu comme maladie professionnelle ?
C’est possible, par la voie complémentaire prévue à l’article L. 461-1 du code de la sécurité sociale. Le dossier passe devant un comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles (CRRMP). Il faut un lien direct et essentiel avec le travail habituel et une incapacité permanente prévisible d’au moins 25 %. Entre 2013 et 2024, 52 dossiers de cancers cutanés, toutes causes confondues, ont été reconnus ainsi ; la déclaration se fait auprès de la CPAM ou de la MSA.
Le tableau de maladie professionnelle pour les cancers de la peau liés aux UV existe-t-il ?
Non. L’Anses recommande de le créer dans un avis signé le 3 avril 2026 et rendu public le 15 octobre 2026. L’État doit consulter la CS4 du Conseil d’orientation des conditions de travail et la COSMAP, puis décider. Aucun calendrier n’est annoncé, et aucun droit nouveau n’existe d’ici là.
Quels métiers seraient concernés par le tableau proposé ?
Le tableau ne viserait pas des métiers mais des travaux : tous ceux exercés habituellement de jour et en extérieur, de façon continue ou non, ainsi que des travaux exposant aux UV artificiels, comme le soudage. La liste serait indicative. L’avis cite environ quatre-vingt-dix professions en exemple, des vignerons aux facteurs en passant par les couvreurs. Y figurer ne vaudrait pas reconnaissance, et un métier absent pourrait entrer par la formule.
Faudrait-il un nombre minimal d’années d’exposition ?
L’Anses recommande de n’en fixer aucun, faute de données suffisantes pour écarter un risque sous un seuil. Les tableaux existants pour les cancers cutanés exigent 10 ans, l’Allemagne généralement plus de 15 ans, la Belgique 20 000 heures. Il s’agit d’une recommandation que l’État peut ne pas suivre. Le délai de prise en charge n’est pas fixé non plus.
Un soudeur atteint d’un mélanome de l’œil serait-il couvert ?
L’Anses recommande un tableau distinct pour les mélanomes oculaires, avec une liste limitative : seuls les travaux exposant aux UV issus du soudage y ouvriraient la présomption. Les cancers de la peau du soudeur relèveraient, eux, du tableau UV au titre des sources artificielles. Aucun de ces deux tableaux n’est créé à ce jour.
